“Hind ou la plus belle femme du monde” : l’élégie pour le Liban de Hoda Barakat
L’écrivaine libanaise a reçu le prestigieux prix Cheikh-Zayed en 2025 pour “Hind ou la plus belle femme du monde”. Dans ce roman, désormais traduit chez Actes Sud, elle retrace l’effondrement de son pays à travers le destin de deux sœurs, Hind et Hanadi.
L’écrivaine libanaise Hoda Barakat a remporté en 2025 le prix Cheikh-Zayed, un prix littéraire prestigieux récompensant des œuvres en langue arabe et favorisant leur diffusion internationale. Ce prix, qu’elle considère comme un hommage à la survie de la langue arabe, a été attribué pour son roman Hind ou la plus belle femme du monde, traduit en français et publié chez Actes Sud le 2 septembre 2026. Ce récit explore des thèmes universels comme la beauté, la laideur, la patrie et l’exil à travers l’histoire de deux sœurs, Hind et Hanadi, dont la première disparaît prématurément, laissant sa sœur cadette grandir dans son ombre.
Le roman de Hoda Barakat s’inscrit dans un contexte de crise profonde au Liban, pays marqué par des décennies de conflits, d’instabilité politique et économique, et plus récemment par des explosions dévastatrices comme celle du port de Beyrouth en 2020. L’autrice utilise la fiction pour dépeindre l’effondrement de son pays, où l’exil et la perte de repères sont des réalités quotidiennes pour de nombreux Libanais. Le récit, qualifié d’élégie – un poème ou un chant de deuil –, reflète cette mélancolie et cette nostalgie d’un Liban idéalisé, tout en abordant la difficulté de vivre dans un pays en crise permanente.
Le roman est raconté à la première personne par Hanadi, la sœur cadette de Hind, décédée jeune. Hanadi, née après la disparition de sa sœur, grandit dans l’ombre de cette aînée dont la beauté était légendaire. À travers son récit, elle remonte le fil de sa propre existence, explorant les thèmes de l’identité, de la jalousie et de la quête de sens. La structure narrative alterne entre le passé et le présent, révélant progressivement les circonstances de la mort de Hind et les conséquences de cet événement sur la vie de Hanadi et de leur famille. Le roman mêle ainsi une intrigue personnelle à une réflexion plus large sur le Liban et ses divisions.
La presse arabe a salué Hind ou la plus belle femme du monde pour son style captivant et ses accents élégiaques, soulignant la capacité de Hoda Barakat à immerger le lecteur dans l’atmosphère de ses récits. L’autrice est connue pour son écriture immersive, où les émotions des personnages deviennent celles du lecteur. Le roman a également été remarqué pour son exploration des tensions entre beauté et laideur, métaphores des divisions sociales et politiques du Liban. En France, la traduction par Luc Barbulesco a permis de rendre accessible cette œuvre à un public francophone, renforçant ainsi sa portée internationale.
Le titre *Hind ou la plus belle femme du monde* fait référence à la sœur aînée, Hind, dont la beauté est présentée comme un idéal inaccessible. Cette beauté symbolise à la fois un rêve et une malédiction : elle attire l’admiration mais aussi la jalousie, et sa disparition prématurée laisse un vide impossible à combler. Le roman utilise cette figure pour interroger les notions de perfection, de perte et de résilience, tout en reflétant les fractures d’une société libanaise en proie au chaos. La beauté devient ainsi une métaphore de la patrie elle-même, à la fois désirée et détruite.

