À Saint-Pierre- et -Miquelon, Macron et Carney entendront-ils les souhaits de la population?
Entre espoirs et désillusions, la population de Saint-Pierre-et-Miquelon attend beaucoup de cette visite..
Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel français situé à seulement 25 km de Terre-Neuve (Canada), accueille pour la première fois le président français Emmanuel Macron ce samedi 19 septembre 2026 à 19 h, heure locale. Il sera rejoint dimanche par le premier ministre canadien Mark Carney. Cette visite, inédite par son ampleur, s'inscrit dans un contexte de tensions historiques entre les deux pays, notamment autour des zones de pêche. L'enjeu est double : apaiser les différends existants et renforcer la coopération bilatérale, alors que l'archipel fait face à des défis majeurs comme le déclin de son économie locale et les impacts du changement climatique.
L'économie de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui compte environ 6 000 habitants, est en grande difficulté. L'industrie de la pêche, autrefois florissante, a été gravement affectée par le moratoire sur la morue instauré en 1992. Ce moratoire, qui interdit la pêche de la morue dans certaines zones, a eu un impact dévastateur sur les pêcheurs locaux comme Joseph Edmond, qui exerce ce métier depuis l'âge de 13 ans. Selon lui, aucune activité économique n'a pu remplacer l'apport de la morue, freinant durablement la croissance de l'archipel. Les défis incluent également un manque criant de logements et la relocalisation d'un village en raison des effets du changement climatique, illustrant la vulnérabilité de ce territoire.
Le Fulmar est le seul patrouilleur de la Marine nationale française basé à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce navire, ancien chalutier transformé en 1991, mesure 40 mètres et sert principalement de garde-côtes. Il protège les approches maritimes de l'archipel et sa zone économique exclusive, s'étendant jusqu'à l'entrée du passage du Nord-Ouest. Avec un équipage de seulement 12 marins, le Fulmar incarne la présence française dans une région où les enjeux de souveraineté sont croissants, notamment face aux revendications américaines sous l'administration Trump. Son remplacement par un navire plus moderne est en cours d'étude, mais aucune décision n'a encore été prise.
Saint-Pierre-et-Miquelon, bien que petit et souvent oublié, joue un rôle stratégique dans les questions de souveraineté française en Amérique du Nord. Le contexte géopolitique actuel, marqué par les tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada, ainsi que par les ambitions américaines dans l'Arctique, rend cette visite encore plus significative. Laurent Sayah, responsable de la sûreté de l'aéroport de Saint-Pierre, souligne que l'archipel est un point clé pour la France dans une région où les intérêts sont multiples. La visite de Macron et Carney est perçue comme une opportunité de réaffirmer la présence française et de renforcer les liens avec le Canada, dans un climat où les enjeux de souveraineté prennent de l'ampleur.
Emmanuel Macron restera dans l'archipel jusqu'à lundi 21 septembre 2026. Sa visite débutera par un dépôt de gerbe au monument aux morts, suivi de rencontres avec divers acteurs locaux. Les premières annonces officielles sont prévues dès 9 h 30 dimanche à Miquelon, où Macron évoquera des secteurs stratégiques comme le spatial, la pêche, le numérique ou l'*économie bleue*. Mark Carney, premier ministre canadien, prendra le relais dimanche midi avec une série de discours. La ministre française des Outre-mer, Naïma Moutchou, est déjà sur place depuis vendredi, mais n'a pas accordé d'entretien aux médias. Ces échanges visent à concrétiser des partenariats plus étroits entre la France, le Canada et les habitants de l'archipel.

