Un État de droit solide pourrait être avantageux pour attirer les investisseurs étrangers
«Il va y avoir un avant 2020 et un après 2030», dit l’ancien président de Desjardins..
Guy Cormier, ancien président du Mouvement Desjardins, souligne que le respect de la règle de droit (ensemble des lois et des principes qui encadrent les relations entre individus, entreprises et État) n’est plus garanti dans certains pays, y compris aux États-Unis. Il évoque une période charnière entre avant 2020 et après 2030, marquée par une transformation profonde des normes commerciales. Depuis les années 1980, les entreprises privilégiaient l’efficacité et le coût pour maximiser leurs profits. Désormais, elles doivent aussi évaluer la stabilité juridique des pays où elles investissent. Cette instabilité se manifeste par des changements rapides et imprévisibles des règles, comme ceux observés sous l’administration de Donald Trump aux États-Unis. Ces bouleversements créent de l’incertitude (manque de prévisibilité) et de l’insécurité juridique (risque de non-respect des contrats), deux facteurs qui découragent les investisseurs.
Selon Guy Cormier, cette fragilisation du droit dans plusieurs pays pourrait devenir un atout pour le Canada. Les investisseurs étrangers, notamment américains, recherchent désormais des environnements où les règles sont stables, les engagements respectés et les mécanismes de résolution des conflits (comme les tribunaux) fiables. Le Canada, et le Québec en particulier, bénéficient d’une réputation solide en matière d’État de droit. Les entreprises internationales y voient un cadre prévisible, où les gouvernements ne modifient pas leurs décisions du jour au lendemain. Cette confiance pourrait attirer davantage de capitaux étrangers. Cependant, Guy Cormier met en garde contre un excès de réglementations, qui pourrait alourdir les procédures et augmenter les coûts pour les entreprises.
Malgré les risques accrus aux États-Unis, ce pays reste un partenaire économique majeur pour le Québec. Environ 60 à 70 % des exportations québécoises y sont destinées. Les entreprises locales continueront donc à y faire des affaires, mais avec une prudence accrue. Elles devront anticiper les changements politiques, comme un éventuel changement de gouvernement à Washington, et chercher des moyens de se protéger contre les risques juridiques. Cette adaptation implique de repenser leurs stratégies commerciales, par exemple en diversifiant leurs marchés ou en renforçant leurs contrats. Guy Cormier souligne que le monde des affaires est entré dans une ère plus complexe, où la vigilance et la flexibilité sont essentielles.
Guy Cormier participera au *Sommet québécois pour l’État de droit*, organisé par le Barreau du Québec, les *mardi et mercredi* suivants la publication de l’article. Cet événement, qui se déroule au *Palais des congrès de Montréal*, abordera notamment la question de la fragilité de la démocratie et de l’État de droit. L’ancien banquier y discutera des enjeux soulevés par l’évolution du droit et de son impact sur les entreprises. Ce sommet vise à sensibiliser les acteurs économiques et politiques aux défis posés par l’instabilité juridique mondiale et à promouvoir des solutions pour renforcer la confiance des investisseurs.

