En Outaouais, les canalisations souterraines «pètent de partout»
Les villes réclament un engagement à résorber un déficit de 50 milliards..
En Outaouais, comme dans 43 autres villes du Québec, les canalisations souterraines d’eau potable et d’eaux usées sont vétustes et ne suffisent plus à répondre aux besoins actuels. Le maire de La Pêche, Guillaume Lamoureux, résume la situation en une phrase imagée : « Ça pète de partout ». Les infrastructures, construites massivement dans les mêmes années, arrivent en fin de vie et nécessitent des réparations urgentes. À La Pêche, une petite municipalité de 9 000 habitants située à 30 minutes de Gatineau, le système de traitement des eaux usées est saturé. Résultat : la construction de près de 200 logements a été gelée en juillet 2023. Le village, qui mise sur son cadre naturel préservé pour attirer des touristes, doit aussi faire face à une demande croissante en logements dans la région.
La crise des infrastructures a des répercussions concrètes sur le développement de La Pêche. Les promoteurs immobiliers souhaitaient construire entre 150 et 200 logements dans le secteur de Wakefield, mais la municipalité a dû imposer un moratoire de deux ans pour évaluer l’état de ses bassins d’aération et moderniser son réseau. Les travaux de dragage et de mise à niveau sont estimés entre 500 000 $ et 1 million de dollars, une somme importante pour une ville dont le budget annuel est de 25 millions de dollars en 2026-2027. Pour financer ces dépenses, La Pêche compte imposer une redevance aux promoteurs et une taxe d’amélioration locale aux nouveaux résidents. Cependant, le maire souligne que l’aide financière du gouvernement du Québec sera indispensable pour couvrir l’essentiel des coûts.
Le problème ne touche pas seulement La Pêche : 43 villes québécoises ont dû geler des projets de construction en raison de réseaux d’eau insuffisants. Selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le déficit de maintien des infrastructures d’eau et de chaussée s’élève à 50 milliards de dollars. Les villes, responsables de 60 % des infrastructures publiques du Québec, estiment que leur part dans le Plan québécois des infrastructures (PQI) a été réduite de moitié en dix ans, passant de 7,9 % à 4,4 %. L’UMQ souligne que 36 000 logements ne peuvent être construits faute de capacité des réseaux d’eau, soit l’équivalent d’une ville comme Drummondville. Vingt municipalités refusent aussi des projets commerciaux ou industriels pour les mêmes raisons.
Les maires réclament un financement prévisible de l’État et un assouplissement des normes administratives, jugées trop lourdes. Guillaume Tremblay, maire de Mascouche et président de l’UMQ, donne un exemple frappant : un projet de bretelle de sortie à Mascouche a nécessité neuf ans de démarches administratives, faisant passer son coût de 2,5 millions à 6,5 millions de dollars. Les villes ont déjà réduit leurs dépenses, mais elles estiment que Québec doit prendre sa part de responsabilité. L’UMQ propose notamment la création d’un fonds de 15,75 milliards de dollars sur dix ans pour les infrastructures municipales, ainsi que l’installation de compteurs d’eau et la simplification des normes.
Lors du sommet électoral de l’UMQ à Québec, les cinq principaux partis politiques ont présenté leurs engagements sur les infrastructures municipales. Le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) promettent de doubler la part des investissements municipaux dans le PQI, la portant à 8 %, et de réduire la bureaucratie. Le Parti québécois (PQ) propose d’augmenter de 6,5 milliards les fonds réservés aux villes dans le PQI, de prioriser les réparations des infrastructures existantes et de simplifier les normes. La Coalition avenir Québec (CAQ) mise sur le retour à l’équilibre budgétaire et l’adaptation aux changements climatiques. Québec solidaire (QS) annonce un financement important pour la transition écologique, incluant des infrastructures pour le logement social.

