En Outaouais, les canalisations souterraines «pètent de partout»
L’Outaouais illustre une crise structurelle des infrastructures municipales québécoises, où l’urgence de moderniser les réseaux d’eau et d’égout se heurte à un déficit de financement de 50 milliards de dollars. Entre moratoires sur la construction et bureaucratie paralysante, les villes réclament un engagement clair des partis politiques lors de la campagne électorale, sous peine de voir s’aggraver une situation déjà critique pour l’aménagement du territoire et la transition écologique.
Pourquoi les municipalités de l’Outaouais, comme La Pêche, sont-elles contraintes de freiner la construction de logements ?
Les projets immobiliers sont bloqués en raison de la saturation des infrastructures d’eau et d’égout, dont la vétusté empêche d’absorber de nouveaux branchements. À La Pêche, le système de traitement des eaux usées approche de sa limite, forçant un moratoire sur près de 200 logements prévus et des travaux estimés entre 500 000 $ et 1 million de dollars, que la municipalité ne peut assumer seule.
Quel rôle joue l’Union des municipalités du Québec (UMQ) dans ce dossier ?
L’UMQ alerte sur l’ampleur du déficit d’entretien des infrastructures (50 milliards de dollars) et recense 43 villes ayant instauré des moratoires pour insuffisance d’eau potable ou de traitement des eaux usées. Elle réclame un fonds dédié de 15,75 milliards sur 10 ans, une réduction de la bureaucratie et des normes assouplies, tout en soulignant que les villes assument 60 % des infrastructures publiques du Québec avec seulement 4,4 % des investissements prévus dans le Plan québécois des infrastructures (PQI).
Quels sont les engagements des partis politiques sur ce sujet ?
Le Parti libéral et le Parti conservateur promettent de doubler la part des municipalités dans le PQI (à 8 %) et de simplifier les procédures administratives. Le Parti québécois propose un fonds de 6,5 milliards supplémentaires et une priorité aux réparations plutôt qu’aux nouvelles constructions. La Coalition avenir Québec mise sur un retour à l’équilibre budgétaire avec des investissements ciblés, tandis que Québec solidaire mise sur un financement écologique pour les logements sociaux et les transports collectifs.
Quels exemples concrets illustrent les dysfonctionnements bureaucratiques dénoncés par les maires ?
À Mascouche, l’aménagement d’une bretelle de sortie entre les autoroutes 25 et 640 a nécessité neuf ans de démarches administratives, faisant passer son coût de 2,5 millions à 6,5 millions de dollars. Le président de l’UMQ dénonce des exigences jugées excessives, comme la prise en compte systématique d’espèces protégées (grenouilles, couleuvres), qui ralentissent les projets locaux.
Ce que ça pourrait changer
Si les partis ne répondent pas à l’urgence de financer les infrastructures, le Québec risque une aggravation des pénuries de logements et une dégradation des services publics, avec des répercussions sur la compétitivité économique des régions. À l’inverse, un fonds dédié pourrait accélérer la transition écologique en modernisant les réseaux, tout en réduisant les inégalités entre municipalités riches et pauvres.

