Grimper aux arbres, l'alternative écolo à l'accrobranche
Loin des parcours d'accrobranche fondés sur la vitesse et invasifs pour les forêts, cette pratique en plein essor propose une autre forme d'aventure dans les arbres, où priment le ralentissement et le lien au vivant. Forêt d'Arbois (Jura), reportage « Pour vous, à quoi sert un arbre ? » À la question lancée par Benoît, les réponses fusent : « À nous permettre de respirer ! » lance Lorenzo.
La grimpe d’arbres est une activité qui consiste à se hisser progressivement dans les cimes à l’aide de cordes, en utilisant des techniques inspirées de celles des arboristes. Contrairement à l’accrobranche, qui privilégie la vitesse et les parcours artificiels, cette pratique met l’accent sur le ralentissement, la connexion avec la nature et la gestion de l’effort physique. Elle est née il y a quarante ans dans les hêtres du Pilat (Ardèche), fruit d’une collaboration entre travailleurs sociaux et élagueurs souhaitant démocratiser l’accès aux arbres. En France, environ 250 éducateurs sont formés à cette discipline, qui s’adresse à tous les âges à partir de 6 ans, y compris aux personnes en situation de handicap.
La grimpe d’arbres se déroule principalement en forêt, comme dans la forêt d’Arbois (Jura), où des adolescents participent à un camp nature organisé par l’association La Séquanaise. Les participants, âgés de 11 à 14 ans, apprennent à identifier les essences d’arbres, comme le hêtre reconnaissable à ses poils, ou le charme à ses dents. Avant de grimper, ils doivent trouver un élément de la nature commençant par la première lettre de leur prénom, comme un jus de plante ou une écorce. L’ascension se fait avec un harnais et des cordes équipées de poulies, sécurisées par des nœuds magiques, des boucles qui bloquent toute descente brutale. Une fois en hauteur, les participants peuvent se reposer dans des hamacs ou observer la forêt depuis leur perchoir.
Cette activité offre plusieurs avantages éducatifs et sensoriels. Pour les jeunes, souvent confrontés à des difficultés de concentration et de coordination, la grimpe permet de se reconnecter à leur corps et de gérer leurs émotions, même désagréables. Benoît, éducateur depuis vingt ans, souligne que cette pratique favorise une présence à soi et une sensibilisation à la nature par le ressenti plutôt que par l’intellect. Les participants découvrent aussi des aspects méconnus des arbres, comme les faines (fruits du hêtre), et développent une conscience écologique. Par exemple, Léo remarque que les branches n’ont jamais été touchées par des humains auparavant, tandis que Neyla s’amuse des griffures des branches, qu’elle décrit comme des câlins.
La grimpe d’arbres encourage les participants à adopter le rythme des arbres, en les invitant à s’immobiliser et à observer leur environnement. Benoît, l’animateur, guide les jeunes dans des exercices de respiration et de méditation en hauteur, comme identifier les feuilles les plus hautes ou écouter les sons de la forêt. Ces moments de silence, où les voix se transforment en chuchotements, permettent une immersion totale dans la nature. Contrairement aux parcours d’accrobranche, axés sur la rapidité et l’action collective, cette approche mise sur le ralentissement et l’introspection. Benoît précise que ces instants, bien que simples, sont porteurs de transformations profondes pour les participants.
La grimpe d’arbres est une activité accessible à tous, quel que soit le milieu social ou la condition physique, y compris en milieu urbain. Elle peut être pratiquée dès l’âge de 6 ans et s’adapte aux personnes en situation de handicap grâce à des techniques spécifiques. Sur le plan écologique, son impact est limité comparé à l’accrobranche, qui nécessite des infrastructures lourdes et invasives pour les arbres. Cependant, les éducateurs restent vigilants : ils choisissent des arbres mécaniquement sains, comme le hêtre de 80 à 100 ans utilisé dans le reportage, et évitent les périodes de reproduction des oiseaux (février à juin). Ils limitent aussi la compaction du sol avec des chaussons et privilégient une approche respectueuse du vivant, consciente des stress subis par les arbres face au changement climatique.
Pour Benoît et d’autres éducateurs, la grimpe d’arbres représente un choix politique visant à sensibiliser le public à l’environnement. En touchant des personnes moins engagées par des approches classiques, cette activité permet de vivre une expérience immersive qui dépasse le simple divertissement. Les éducateurs espèrent que ces expériences inspireront les participants, dont certains pourraient devenir des décideurs futurs. Benoît souligne que les arbres possèdent des formes d’intelligence subtiles et réagissent au stress, une idée encore mal comprise mais qui guide leur pratique. L’objectif est de créer une réconciliation avec le vivant, comme en témoigne l’enthousiasme de Milo, qui peine à décrire la sensation unique ressentie lors de sa descente.

