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Généraliste

Comment la guerre transforme l’écosystème ukrainien

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 17 j

Des biologistes estiment que le conflit a un impact dévastateur sur l'écosystème ukrainien..

Guerre et écosystèmes menacés

La guerre en Ukraine, déclenchée par l’invasion russe en 2022, a des conséquences dramatiques sur les écosystèmes du pays. Selon le biologiste Oleksiy Vasyliuk, au moins 22 espèces végétales et 12 espèces animales endémiques, c’est-à-dire qu’elles n’existent nulle part ailleurs sur Terre, sont menacées d’extinction. Parmi elles, le rat-taupe des sables, un petit rongeur vivant uniquement le long du fleuve Dniepr, est particulièrement vulnérable. Les combats, les bombardements et les déplacements de populations transforment profondément les habitats naturels. Les scientifiques, comme Vasyliuk, soulignent que certaines espèces pourraient disparaître à jamais en raison de ces bouleversements. Les zones de front, où les drones et les câbles de fibres optiques sont omniprésents, deviennent des environnements hostiles pour la faune et la flore.

Fibres optiques et nids d'oiseaux

Dans les zones de combat, les câbles de fibres optiques, utilisés pour guider les drones, sont si répandus que des oiseaux les intègrent dans la construction de leurs nids. Mykhailo Mlechko, soldat de la brigade Hart, a découvert un nid composé de ces câbles à 10 kilomètres de la ligne de front. Cependant, ces matériaux artificiels posent un danger pour les populations d’oiseaux. Oleksiy Vasyliuk explique que ces câbles peuvent blesser les oiseaux ou perturber leur comportement naturel. Cette situation illustre comment la guerre modifie les écosystèmes de manière inattendue, en introduisant des éléments artificiels dans des environnements naturels déjà fragilisés.

Barrage de Nova Kakhovka

En juin 2023, la destruction du barrage de Nova Kakhovka, occupé par les forces russes, a provoqué une catastrophe écologique. Le déversement de 83 000 tonnes de polluants dans les cours d’eau de la région a contaminé les sols et les nappes phréatiques. Cette pollution menace directement les espèces endémiques, comme le rat-taupe des sables, dont l’habitat est déjà réduit par les combats. Oleksiy Vasyliuk souligne que la restauration de ces écosystèmes ne sera pas simple : le climat a changé, et l’Ukraine ne sera plus la même après la guerre. Il appelle les décideurs politiques à intégrer la protection de ces espèces dans les plans de reconstruction.

Cheval de Przewalski en danger

Le cheval de Przewalski, dernière espèce de cheval sauvage au monde, avait trouvé refuge dans la zone d’exclusion de Tchernobyl depuis 1998. Cependant, la remilitarisation de cette région, située près de la frontière biélorusse, menace désormais sa survie. Selon la chercheuse Svitlana Kudrenko, les chevaux modifient leurs habitudes de pâturage pour éviter l’activité humaine, ce qui les rend plus vulnérables aux prédateurs. De plus, leur poids peut déclencher des mines antichars, déjà présentes dans le sol. Trois chevaux ont déjà été tués par ces explosions, illustrant les risques indirects de la guerre sur les espèces protégées.

Mer Noire et espèces marines

La mer Noire, souvent négligée par la communauté scientifique en raison de son instabilité géopolitique, subit aussi les conséquences de la guerre. Linas Svolkinas, chercheur à l’Observatoire des conflits et de l’environnement (CEOBS), explique que les recensements des populations de dauphins et de marsouins sont désormais impossibles. Les scientifiques se limitent à compter les animaux échoués, dont le nombre a augmenté depuis le début du conflit. Cette situation reflète l’impact global de la guerre sur les écosystèmes marins, où les perturbations humaines et les pollutions aggravent la disparition des espèces déjà fragilisées.

Ce que ça pourrait changer

Oleksiy Vasyliuk insiste sur la nécessité de préparer dès maintenant la restauration des écosystèmes ukrainiens après la guerre. Il met en garde contre une reconstruction menée à l’aveugle, sans tenir compte des espèces endémiques et des changements climatiques. L’Ukraine devra adapter ses stratégies de reforestation et de protection de la biodiversité aux nouvelles conditions environnementales. Le biologiste appelle la classe politique à intégrer ces enjeux dans les plans de reconstruction, afin d’éviter une perte irréversible de la faune et de la flore locales. Cette approche nécessite une collaboration entre scientifiques, décideurs et organisations environnementales.

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