Pour saisir l’ampleur du développement de la recherche pharmaceutique en Chine, il faut regarder le prix des singes
Une femelle macaque crabier adulte s'échange à près de 26 000 euros en Chine, soit 7,5 fois plus qu'en 2019, avant la pandémie de Covid-19. L’article Pour saisir l’ampleur du développement de la recherche pharmaceutique en Chine, il faut regarder le prix des singes est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En juillet 2026, une femelle macaque crabier adulte s’échange en Chine à près de 26 000 euros, un prix 7,5 fois supérieur à celui de 2019, où il était d’environ 4 000 dollars (soit environ 3 500 euros). Cette explosion des coûts reflète une demande croissante pour ces primates dans la recherche pharmaceutique. Les macaques, comme les macaques rhésus et cynomolgus, sont particulièrement recherchés car leur physiologie est proche de celle des humains, notamment pour leurs systèmes immunitaire, cérébral et organique. Leur utilisation est donc cruciale pour tester des médicaments ou des vaccins avant des essais sur l’humain. Le prix élevé s’explique aussi par une offre limitée, car ces animaux se reproduisent lentement et nécessitent des conditions d’élevage strictes.
Depuis l’interdiction en 1978 par l’Inde d’exporter des macaques rhésus, la Chine a investi massivement pour devenir le premier exportateur mondial de ces primates. Entre 2015 et 2021, elle fournissait près d’un tiers des macaques exportés dans le monde. Cette position dominante a permis à plusieurs pays, dont les États-Unis, d’utiliser ces singes pour des recherches, comme le développement de vaccins. Cependant, en 2020, après la pandémie de Covid-19, la Chine a stoppé ses exportations pour limiter les risques de transmission de maladies zoonotiques (maladies transmises de l’animal à l’humain). Cette décision a créé une rupture dans l’approvisionnement mondial.
L’arrêt des exportations chinoises en 2020 a poussé les États-Unis, qui réalisent plus d’un tiers des essais cliniques mondiaux, à se tourner vers d’autres fournisseurs comme le Cambodge. Cependant, les normes d’élevage cambodgiennes sont moins strictes que celles de la Chine, ce qui pose problème pour la traçabilité des singes. En effet, les essais cliniques nécessitent une traçabilité irréprochable pour identifier d’éventuels agents pathogènes auxquels les animaux ont été exposés. Cette situation coïncide avec une forte augmentation des essais cliniques réalisés en Chine, portée par une réforme réglementaire lancée en 2016.
En 2024, la Chine a réalisé presque autant d’essais cliniques que les États-Unis, tandis que la part de l’Europe dans ce domaine a été divisée par deux en 15 ans. Cette progression s’explique par une demande accrue de singes pour la recherche pharmaceutique, mais aussi par une offre limitée, car ces animaux se reproduisent lentement. La Chine a donc profité de la situation pour renforcer sa position dans la recherche médicale. En parallèle, aux États-Unis, le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. a appelé fin 2025 à mettre fin à l’importation de singes pour la recherche scientifique, invoquant leur faible fiabilité prédictive pour certains modèles animaux.
Les États-Unis utilisent environ 70 000 singes par an pour des études sur les maladies infectieuses, les affections neurodégénératives et les vaccins. Une réduction de ces importations pourrait avoir un impact majeur sur le leadership américain en matière de recherche pharmaceutique. La Chine, en revanche, pourrait en tirer profit en renforçant sa propre capacité de recherche. Cette situation illustre comment un changement dans l’approvisionnement en singes de laboratoire peut influencer l’équilibre géopolitique de la recherche médicale mondiale. Les données montrent que la Chine est en passe de devenir un acteur central dans ce domaine.

