Entente rejetée à Pessamit : « Innu nenu utassi Nutshimit, le territoire est aux Innus »
Le chef de Pessamit, René Simon, se prononce sur le rejet de l'entente avec Hydro-Québec..
Les habitants de la communauté innue de Pessamit, située au Québec, ont rejeté par référendum l'entente appelée Aishkat le 12 juillet 2026. Cette entente proposait à Hydro-Québec, la société d'État québécoise spécialisée dans l'hydroélectricité, de construire une centrale hydroélectrique, des éoliennes et des lignes de transport d'électricité sur le territoire ancestral des Innus de Pessamit. Le rejet de cette proposition marque un tournant dans les relations entre la communauté, le gouvernement du Québec et Hydro-Québec. Le chef sortant René Simon, qui a passé 50 ans en politique, a exprimé sa déception tout en acceptant le résultat démocratique.
L'entente Aishkat prévoyait des retombées économiques estimées à 7 milliards de dollars sur 50 ans pour la communauté de Pessamit. Ces fonds auraient pu financer des infrastructures, des services publics ou être placés en fiducie pour générer des revenus futurs au profit des générations à venir. La communauté souffre actuellement de conditions de vie difficiles, et l'objectif de l'entente était d'améliorer ces conditions sans renoncer à ses droits ancestraux. René Simon soulignait que les terres ancestrales des Innus, appelées Nutshimit en langue innue, n'ont jamais rapporté de bénéfices directs à la communauté malgré leur exploitation par Hydro-Québec, qui génère 2,5 milliards de dollars de revenus annuels.
Le gouvernement du Québec et Hydro-Québec ont accepté d'entamer des négociations avec Pessamit en 2024, après que la communauté a lancé une poursuite judiciaire appelée Bet-1 contre les gouvernements du Canada, du Québec et Hydro-Québec. Cette poursuite réclamait 500 millions de dollars pour compenser les dommages causés par les inondations, la déforestation et la destruction des terres ancestrales depuis les années 1950. Les négociations ont abouti à l'entente Aishkat, qui a été présentée comme une alternative à la poursuite, mais sans renoncer aux droits territoriaux des Innus. René Simon a souligné que l'entente ne prévoyait ni cession de droits ancestraux ni vente de territoire, contrairement à d'autres accords signés par d'autres nations autochtones comme les Cris avec la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en 2002.
Le processus de consultation pour l'entente Aishkat a été critiqué pour sa brièveté. Les derniers ajustements à l'entente ont été finalisés début juillet 2026, laissant seulement 10 jours aux membres de la communauté pour l'étudier avant le référendum. René Simon a reconnu que ce délai était insuffisant et a expliqué que la confidentialité imposée par Hydro-Québec et le gouvernement du Québec avait limité la diffusion d'informations. La crainte était que des fuites dans les médias n'affaiblissent la position de Pessamit lors des négociations. Malgré ces contraintes, Simon a défendu le contenu de l'entente, la qualifiant de victoire pour les droits des Innus.
Après le rejet de l'entente, René Simon a accepté le résultat du référendum et a reçu un appel du vice-premier ministre du Québec, Ian Lafrenière, qui a encouragé à poursuivre le dialogue. Cependant, aucune nouvelle étape concrète n'a encore été définie, en partie à cause des élections provinciales prévues prochainement. Simon a exprimé son regret de ne pas avoir pu laisser un héritage politique à la communauté, mais a réaffirmé son engagement à améliorer les conditions de vie à Pessamit. La communauté compte 4 283 membres inscrits, dont 2 850 résidents, et continue de défendre ses droits territoriaux et économiques.

