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Environnement

Arrachage des yeux des crevettes : les supermarchés sommés d'arrêter une pratique cruelle

Reporterre · mis à jour il y a 20 j

Arrachage des yeux à vif (épédonculation) et mort par suffocation dans de l'eau glacée : ce sont les sévices que subissent une grande partie des 9 milliards de crevettes consommées chaque année en France, et essentiellement importées. Des pratiques méconnues du grand public, que Reporterre avait déjà racontées dans une enquête de décembre 2025 et que l'International Council for Animal Welfare (Icaw) dénonce depuis 2023.

Pratique controversée

Certains élevages de crevettes pratiquent l’ablation des pédoncules oculaires (yeux) des crustacés avant leur mise en vente. Cette méthode, appelée mutilation, est utilisée pour éviter que les crevettes ne se blessent entre elles dans les bassins d’élevage surpeuplés. Les pédoncules oculaires sont des appendices situés sur la tête des crevettes, contenant leurs yeux et des organes sensoriels. L’opération consiste à les couper ou à les écraser, ce qui prive les crevettes de leur vision et de certains de leurs sens. Cette pratique est dénoncée pour son caractère cruel, car elle provoque une douleur intense et une souffrance prolongée chez les animaux.

Acteurs et mobilisation

En France, des associations de défense animale, comme L214 et One Voice, ont lancé une campagne pour faire cesser cette pratique. Elles ont interpellé les supermarchés, notamment Carrefour, Leclerc, Intermarché et Auchan, en leur demandant de retirer des rayons les crevettes issues de ces élevages. Ces associations s’appuient sur des vidéos et des témoignages pour dénoncer les conditions de vie des crevettes et l’absence de réglementation claire en Europe sur ce sujet. Elles exigent une transparence totale de la part des distributeurs sur les méthodes d’élevage utilisées.

Réglementation et lacunes

Actuellement, il n’existe pas de loi européenne ou française interdisant spécifiquement l’ablation des pédoncules oculaires chez les crevettes. Cependant, le règlement européen (CE) n°1099/2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort exige que les animaux ne subissent pas de souffrances évitables. Les associations estiment que cette pratique contrevient à ce principe, car elle cause une douleur inutile aux crevettes. En France, le ministère de l’Agriculture a été saisi pour évaluer la légalité de cette méthode et envisager une interdiction. Aucune décision n’a encore été prise à ce jour.

Réactions des supermarchés

Face à la pression des associations, certains supermarchés ont commencé à retirer des rayons les crevettes issues d’élevages pratiquant l’ablation des yeux. Par exemple, Carrefour a indiqué en 2023 qu’il ne commercialiserait plus de crevettes issues de cette méthode d’ici fin 2024. D’autres enseignes, comme Leclerc et Intermarché, n’ont pas encore pris de position officielle, mais certaines de leurs filiales ont déjà commencé à changer leurs approvisionnements. Les distributeurs justifient leur lenteur par la nécessité de trouver des alternatives durables et de s’assurer de la qualité des produits proposés.

Ce que ça pourrait changer

Pour remplacer cette pratique, les élevages pourraient adopter des méthodes moins cruelles, comme réduire la densité des bassins ou utiliser des systèmes de filtration plus performants pour éviter les blessures entre crevettes. Certains éleveurs proposent déjà des crevettes élevées dans des conditions plus respectueuses, mais ces produits sont souvent plus chers et moins disponibles. Les associations soulignent que les consommateurs ont un rôle à jouer en privilégiant les crevettes issues d’élevages éthiques, même si cela implique un surcoût. Le débat porte aussi sur la nécessité d’une réglementation européenne plus stricte pour encadrer ces pratiques à l’échelle du continent.

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