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Généraliste

La STM teste l’IA pour détecter les flâneurs dans le métro

ICI Radio-Canada · mis à jour 4 sept.

La solution, discrètement à l’essai depuis plusieurs mois, suscite des critiques..

Projet pilote de l'IA

La Société de transport de Montréal (STM) teste depuis janvier 2026 un système d'intelligence artificielle (IA) conçu pour détecter les personnes qui restent trop longtemps dans les stations de métro à l'approche de la fermeture, vers 1h du matin. Ce projet pilote est mené dans deux stations : Papineau et Place-Saint-Henri. L'IA, développée par la jeune entreprise montréalaise Lipslogics, analyse les images des caméras de surveillance existantes. Lorsqu'une personne est repérée dans une station une heure avant la fermeture, une alerte est envoyée à la centrale de contrôle, qui contacte ensuite des constables spéciaux pour escorter cette personne vers la sortie. L'objectif est d'accélérer la fermeture des stations, une tâche complexe dans un réseau de 68 stations avec de nombreux recoins. Aucun nouveau matériel n'a été installé : l'IA utilise simplement les caméras déjà en place.

Fonctionnement technique

Le système d'IA utilisé par la STM est décrit comme « très primitif » par Zakaria Hajji, chef de division en sûreté corporative. Il se limite à détecter la présence humaine dans une station à un moment précis, sans identifier les individus. Les images sont analysées en temps réel, puis détruites après 72 heures, comme le précise la STM. Aucune base de données n'est associée à ce système, ce qui signifie qu'il ne peut pas reconnaître des visages ou croiser des informations avec d'autres fichiers. La STM a signé un contrat de gré à gré de 103 477 $ avec Lipslogics pour poursuivre le développement de cette solution, qui pourrait être étendue à quatre autres stations d'ici avril 2026. La STM évaluera ensuite si l'investissement est justifié par les gains opérationnels obtenus.

Enjeux de vie privée

Plusieurs acteurs s'inquiètent des implications de ce projet sur la vie privée des usagers. Sébastien Gambs, professeur d'informatique à l'UQAM et expert en éthique des données, souligne l'absence de transparence initiale : la STM n'a pas annoncé publiquement ce test, alors que les usagers devraient être informés de l'utilisation de caméras couplées à de l'IA. Il s'interroge également sur l'accès aux données collectées pendant les 72 heures, bien que la STM affirme qu'elles restent stockées sur ses serveurs. Pour l'instant, les employés de Lipslogics y ont accès pour effectuer des tests, mais la STM promet que ce ne sera plus le cas à terme. Ces données ne circulent pas en dehors des serveurs de la STM, selon l'entreprise.

Critiques et risques

La Ligue des droits et libertés (LDL) et le Réseau Solidarité Itinérance Québec expriment des craintes quant à l'utilisation future de cette technologie. Dominique Peschard, membre de la LDL, craint que le système ne soit détourné de son objectif initial pour appliquer la politique d'interdiction du flânage dans les stations, en vigueur depuis mars 2025. Cette politique vise à réduire le nombre de personnes « sans objectif de déplacement » pour améliorer la sécurité. En 2025, les constables spéciaux ont raccompagné plus de 11 000 personnes à la sortie du métro à sa fermeture, une tâche complexe et parfois incomplète. Le Réseau Solidarité Itinérance Québec s'interroge sur l'équité du système : certaines personnes pourraient être plus ciblées que d'autres en fonction de leur apparence ou de leur comportement.

Biais algorithmiques

Les critiques soulignent aussi le risque de biais algorithmiques, c'est-à-dire des erreurs ou des discriminations involontaires intégrées dans le système d'IA. Par exemple, le système pourrait repérer plus facilement une personne assise sur un banc avec une apparence négligée qu'une personne en costume qui semble simplement attendre. La STM assure que son objectif est strictement opérationnel et que l'apparence ou l'identité des personnes n'a pas d'importance. Cependant, ces craintes persistent, d'autant que le système pourrait être utilisé à d'autres moments que la fermeture des stations. La firme Lipslogics n'a pas répondu aux questions des médias sur ces sujets.

Ce que ça pourrait changer

Ce projet s'inscrit dans un contexte où la STM cherche à optimiser ses opérations, notamment pour les fermetures nocturnes des stations, qui durent jusqu'à 5 heures et permettent d'effectuer des travaux d'entretien. En 2025, la STM a prolongé jusqu'en 2027 son interdiction du *flânage* dans les stations, une mesure controversée qui vise à réduire la présence de personnes sans abri ou en situation de précarité. La STM précise que son objectif avec l'IA est uniquement d'améliorer l'efficacité de ses opérations, sans lien avec cette politique. D'ici avril 2026, la STM évaluera si la solution d'IA est suffisamment performante pour justifier un investissement à plus grande échelle.

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