Londres donne enfin toute sa place à la “black british music”
Présentant plus de 200 artefacts, l’exposition “The Music Is Black. A British Story” au V&A East Museum à Londres vient démontrer la place centrale des musiciens et artistes noirs au Royaume-Uni, se félicite la presse britannique, qui salue “une rétrospective majeure”..
Le V&A East Museum à Londres présente depuis juillet 2026 l’exposition « The Music Is Black. A British Story », considérée comme une rétrospective majeure par la presse britannique. Cette exposition met en lumière le rôle central des musiciens et artistes noirs dans l’histoire culturelle du Royaume-Uni, une dimension souvent ignorée. Elle rassemble plus de 200 artefacts variés : vêtements, partitions, instruments, films et sculptures, accompagnés d’une ambiance sonore immersive. Divisée en quatre parties, elle retrace l’évolution de cette musique à travers des thèmes comme l’esclavage, les migrations postcoloniales, la résistance et la construction identitaire. L’exposition souligne que cette musique a façonné une grande partie de la culture populaire britannique, bien au-delà des stéréotypes associés aux groupes comme les Beatles ou les Rolling Stones.
L’exposition replace la musique noire britannique dans son contexte historique marqué par la colonisation et le racisme. Elle montre comment cette musique, née de l’héritage de l’esclavage, a toujours mêlé spiritualité, rébellion et joie. Par exemple, des figures comme Sister Rosetta Tharpe, pionnière du rock dans les années 1950, ou Winifred Atwell, première artiste noire à atteindre la première place des classements britanniques en 1954 avec « Let’s Have Another Party », illustrent cette résilience. Le sociologue Kenny Monrose de l’université de Cambridge explique que cette musique a permis de relier des centaines d’histoires dispersées sur plusieurs siècles, témoignant de la créativité et de la force des communautés noires face à l’oppression.
L’exposition met en avant huit genres musicaux uniques créés et développés au Royaume-Uni, tous issus de métissages culturels. Parmi eux, le lovers rock, un sous-genre du reggae romantique ; le Brit funk, mélange de funk et de disco ; le 2Tone, un mouvement musical et politique des années 1970 ; le trip-hop, né à Bristol dans les années 1990 ; la jungle et la drum and bass, styles électroniques à tempo rapide ; le UK garage, un genre dansant populaire dans les années 1990 ; et le grime, un style vocal et rythmique apparu au début des années 2000. Ces genres puisent leurs racines dans la culture jamaïcaine des sound systems, le jazz et les traditions musicales d’Afrique de l’Ouest. Leur émergence reflète une lutte contre les discriminations, comme en témoigne la réponse artistique à des événements comme les propos racistes d’Eric Clapton en 1976.
L’exposition rend hommage à des artistes noirs britanniques influents, dont Shirley Bassey, star de la chanson ; Stormzy, figure majeure du grime ; Arlo Parks, auteure-compositrice-interprète ; Little Simz, rappeuse et actrice ; ou encore Tricky, pionnier du trip-hop. Elle inclut aussi des groupes comme Skunk Anansie, représenté par la chanteuse Skin, ou She Rockers, un trio hip-hop des années 1980. Ces personnalités ont non seulement marqué l’histoire musicale, mais aussi contribué à façonner l’identité culturelle britannique. Leur succès montre que la musique noire est devenue un pilier de l’industrie musicale au Royaume-Uni, générant 80 % des recettes de ce secteur sur les trente dernières années.
L’exposition souligne que la musique noire britannique est aujourd’hui reconnue comme un élément essentiel de la vie artistique et culturelle du pays. Selon des études citées par The Observer, elle représente 80 % des recettes de l’industrie musicale britannique depuis trente ans. Cette reconnaissance tardive s’explique par des décennies de marginalisation et de racisme, mais aussi par la persistance des artistes à s’imposer malgré les obstacles. Jacqueline Springer, curatrice de l’exposition, affirme que « les opprimés et les personnes mal représentées finissent toujours par s’imposer », un propos qui résume l’histoire de cette musique. L’exposition au V&A East Museum s’inscrit dans cette dynamique de visibilité accrue.
L’exposition *« The Music Is Black. A British Story »* est visible au *V&A East Museum* à Londres jusqu’au 3 janvier 2027. Elle s’adresse à un public large, cherchant à comprendre l’impact culturel et historique de la musique noire britannique. Pour y assister, il est possible de consulter les informations pratiques sur le site du musée. Cette exposition s’ajoute à d’autres initiatives récentes visant à mettre en lumière des artistes et des mouvements musicaux souvent sous-représentés, comme le rock politique de *Yard Act* ou la pop-soul de *Sienna Spiro*.

