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L’optogénétique récompensée par le Nobel : un siècle d’innovations pour cartographier et contrôler le cerveau

The Conversation France · mis à jour 6 oct.

L’optogénétique, l'une des découvertes majeures qui permet de mieux comprendre le cerveau. akinbostanci/iStock via Getty Images Plus L’ESSENTIEL Le Nobel de médecine 2026 récompense les travaux à l’origine de l’optogénétique, qui permet de contrôler l’activité des neurones grâce à la lumière.

Nobel 2026 pour l'optogénétique

Le prix Nobel de médecine 2026 a récompensé les travaux fondateurs de l’optogénétique, une technique révolutionnaire permettant de contrôler l’activité des neurones à l’aide de la lumière. Cette méthode s’inscrit dans une longue évolution technologique visant à comprendre puis modifier le fonctionnement du cerveau. L’optogénétique utilise des protéines sensibles à la lumière, introduites dans les neurones via des virus inoffensifs, pour activer ou inhiber leur activité avec une précision de l’ordre de la milliseconde. Cette avancée ouvre des perspectives thérapeutiques pour des maladies comme la perte de vision, Parkinson, l’épilepsie ou certaines maladies neurodégénératives.

Évolution des neurosciences

Les neurosciences ont progressé en trois étapes clés : visualiser, mesurer puis contrôler l’activité cérébrale. Au XIXe siècle, les scientifiques comme Santiago Ramón y Cajal ont utilisé des colorations au sel d’argent pour observer les neurones individuellement, révélant leur structure et leurs connexions. Dans les années 1970, les techniques de traçage antérograde et rétrograde ont permis de cartographier les connexions neuronales. Aujourd’hui, des outils comme la microscopie électronique (résolution atomique) ou la microscopie d’expansion (agrandissement physique des tissus) offrent une vision sans précédent du cerveau, combinée à l’intelligence artificielle pour analyser des données complexes.

Imagerie et connectomique

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) a transformé l’étude du cerveau en permettant d’observer son activité de manière non invasive. L’IRM fonctionnelle mesure les variations du débit sanguin dans l’ensemble du cerveau, révélant les zones actives lors de tâches spécifiques. Ces avancées ont donné naissance à la connectomique, un domaine visant à cartographier toutes les connexions entre les neurones. En 2003, le prix Nobel a récompensé les techniques d’IRM rapide et de codage spatial, essentielles à ces découvertes.

Mesurer l'activité électrique

Les neurones communiquent via des signaux électriques appelés potentiels d’action. En 1963, Alan Hodgkin et Andrew Huxley ont reçu le prix Nobel pour avoir mesuré ces impulsions, posant les bases de l’électrophysiologie moderne. Aujourd’hui, des sondes permettent d’enregistrer simultanément l’activité électrique de centaines de neurones répartis dans différentes régions du cerveau. Des études récentes ont montré que jusqu’à 95 % du cerveau participe activement à des processus comme la prise de décision, et pas seulement les zones traditionnellement associées.

Contrôler le cerveau avec précision

La stimulation cérébrale profonde, mise au point par Alim-Louis Benabid dans les années 1980, permet de moduler l’activité cérébrale comme un pacemaker. Cette technique est utilisée pour atténuer les symptômes de maladies comme Parkinson. Cependant, elle manque de précision car elle agit sur toutes les cellules voisines. Des méthodes plus ciblées, comme les ultrasons focalisés, sont en développement pour améliorer la résolution. L’optogénétique, en utilisant la lumière, offre un contrôle encore plus précis, permettant de cibler des groupes spécifiques de neurones.

Virus et outils génétiques

Les neurones ne réagissent pas naturellement à la lumière utilisée en optogénétique. Les chercheurs utilisent donc des virus inoffensifs pour leur transmettre des instructions génétiques, les rendant sensibles à certaines longueurs d’onde lumineuse. Une autre technique, les DREADD (Designer Receptors Exclusively Activated by Designer Drugs), exploite des récepteurs chimiques modifiés pour réagir uniquement à des molécules spécifiques. Comme l’optogénétique, les DREADD permettent de contrôler l’activité neuronale, mais via une approche chimique plutôt que lumineuse.

Ce que ça pourrait changer

L’optogénétique et les DREADD pourraient révolutionner le traitement de nombreuses maladies. Des essais cliniques évaluent leur efficacité contre la perte de vision, la maladie de Parkinson, Alzheimer, l’épilepsie, la sclérose en plaques, le diabète et même le cancer. Par exemple, une lumière rouge ou bleue pourrait restaurer la vision, tandis que des médicaments ciblés pourraient réduire l’anxiété ou traiter l’épilepsie. Ces avancées s’appuient sur des décennies de recherche pour identifier les zones cérébrales dysfonctionnelles et ajuster leur activité.

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