Le climat déréglé reste-t-il prévisible ?
Mégafeux, sécheresses, tempêtes : comment anticiper les événements climatiques extrêmes ? Avec Pierre Gentine, explorons comment l’intelligence artificielle peut affiner les prévisions et nous aider à mieux nous préparer aux risques d’un climat qui se dérègle..
Les dernières années ont été marquées par une multiplication des phénomènes climatiques violents à travers le monde. En 2026, des événements comme la tempête Rachel aux États-Unis, les mégafeux en Indonésie ou encore une sécheresse historique en Moldavie ont illustré cette tendance. Ces catastrophes naturelles perturbent non seulement les écosystèmes, mais aussi les activités humaines, notamment l’agriculture, les assurances et le secteur énergétique. Ces épisodes soulèvent une question urgente : comment anticiper ces risques pour mieux s’y préparer ? Les pouvoirs publics et les entreprises peinent encore à prévoir ces phénomènes avec précision, comme l’a montré la gestion des canicules de l’été 2026, souvent improvisée. Les modèles actuels peinent à intégrer la complexité croissante de ces événements, qui semblent échapper aux prévisions traditionnelles.
Les outils de prévision climatique disponibles aujourd’hui reposent sur des modèles mathématiques et physiques, comme ceux développés par les laboratoires de météorologie dynamique. Ces modèles simulent l’évolution de l’atmosphère, des océans et des surfaces terrestres en intégrant des données comme la température, l’humidité ou les courants marins. Cependant, leur précision reste limitée, notamment pour les événements extrêmes, en raison de la complexité des interactions en jeu. Par exemple, les canicules ou les sécheresses peuvent être influencées par des facteurs locaux ou globaux difficiles à modéliser. Ces limites expliquent pourquoi les prévisions à court terme (quelques jours) sont plus fiables que celles à moyen ou long terme (plusieurs mois ou années). Les scientifiques soulignent la nécessité d’améliorer ces outils pour réduire l’incertitude et mieux préparer les sociétés aux risques climatiques.
L’intelligence artificielle (IA) est présentée comme une solution prometteuse pour améliorer les prévisions climatiques. Contrairement aux modèles traditionnels, l’IA peut analyser des volumes massifs de données (comme les images satellites ou les relevés météo) pour identifier des schémas complexes et prédire des événements extrêmes. Par exemple, elle peut détecter des signes avant-coureurs de mégafeux ou de tempêtes en croisant des données environnementales et humaines. Cependant, l’IA soulève aussi des questions : son entraînement consomme beaucoup d’énergie, ce qui peut aggraver l’empreinte carbone. Des chercheurs comme Pierre Gentine, professeur à Columbia et cofondateur de Celest Science, explorent des méthodes pour concilier performance et sobriété énergétique. L’enjeu est de taille, car une IA efficace pourrait sauver des vies et limiter les dégâts économiques liés aux catastrophes climatiques.
Les événements climatiques extrêmes ont un impact direct sur l’économie mondiale. Le secteur agricole est particulièrement vulnérable : des sécheresses prolongées ou des inondations peuvent réduire les récoltes et faire flamber les prix des denrées alimentaires. Les compagnies d’assurances, confrontées à une hausse des sinistres, doivent réévaluer leurs modèles de risque pour éviter des faillites. Le trading énergétique est aussi perturbé, car les vagues de chaleur ou de froid influencent la demande en électricité et en gaz. En 2026, ces défis ont mis en lumière l’urgence d’adapter les politiques publiques et les stratégies privées. Les acteurs économiques réclament des prévisions plus fiables pour anticiper les coûts et investir dans des infrastructures résilientes. Sans cela, la gestion des crises climatiques pourrait devenir ingérable pour les États et les entreprises.
Pour progresser, les scientifiques misent sur une combinaison de modèles traditionnels et d’outils innovants comme l’IA. Les avancées en *machine learning* (apprentissage automatique) permettent déjà d’affiner les prévisions à court terme, tandis que les recherches sur les *systèmes dynamiques* (études des interactions complexes entre éléments naturels) pourraient améliorer la compréhension des mécanismes climatiques. Des initiatives comme celles de Pierre Gentine visent à créer des modèles hybrides, plus précis et moins gourmands en énergie. À long terme, l’objectif est de développer des systèmes capables de prévoir les événements extrêmes des mois à l’avance, voire de simuler des scénarios climatiques futurs. Ces progrès dépendront aussi de la collaboration entre chercheurs, décideurs politiques et entreprises pour financer et déployer ces solutions à grande échelle.

