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Géopolitique

La fermeture du détroit d’Ormuz redessine le pouvoir de marché de l’OPEP+

Le Grand Continent · mis à jour 2 oct.

En 2002, la capacité de réserve de l’OPEP, soit la production qu’un pays peut remettre sur le marché en 30 à 90 jours, puis maintenir, représentait 14,5 % de la production mondiale de brut. Sur les sept premiers mois de 2026, elle ne représentait plus que 1 %.

Pouvoir de marché affaibli

L’OPEP+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, dont la Russie) voit son pouvoir de marché s’effriter depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, un passage stratégique reliant le golfe Persique au golfe d’Oman. En 2002, l’organisation disposait d’une capacité de réserve représentant 14,5 % de la production mondiale de pétrole brut, soit une marge de manœuvre pour ajuster son offre en cas de crise. En 2026, cette capacité est tombée à seulement 1 %, un niveau historiquement bas. Cette chute s’explique par la réduction des marges de production disponibles et la difficulté à exporter rapidement du pétrole. L’OPEP+ avait pourtant tenté de regagner des parts de marché en augmentant sa production de près de 2,9 millions de barils par jour au début de la guerre en Iran, mais cette stratégie s’est retournée contre elle. La fermeture du détroit a aggravé cette situation en bloquant presque totalement les exportations du Golfe pendant trois mois, rendant les quotas de production moins efficaces pour influencer les prix.

Impact sur les exportations

La fermeture du détroit d’Ormuz a eu un effet immédiat et durable sur les exportations de pétrole du Golfe. En 2026, les exportations sont tombées presque à zéro pendant près de trois mois, et même après un accord entre les États-Unis et l’Iran signé le 17 juin 2026, elles n’ont pas retrouvé la moitié de leur niveau d’avant la crise. Un nouvel indicateur, la capacité de réserve exportable, illustre cette situation : en 2026, l’Arabie saoudite ne peut exporter que 0,4 million de barils par jour en réserve, l’Irak 0,2 million, et le Koweït aucune, car ses infrastructures dépendent entièrement du détroit d’Ormuz. Cette situation fragilise la logique des quotas de l’OPEP+, qui repose sur la capacité à ajuster rapidement l’offre. Les producteurs sont désormais incités à se concurrencer sur leurs infrastructures d’exportation plutôt que d’accepter des plafonds de production imposés.

Solutions de contournement limitées

Pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz, certains pays ont tenté d’utiliser des oléoducs terrestres, mais ces solutions restent limitées et vulnérables. L’Arabie saoudite dispose de l’oléoduc Est-Ouest, long de 1 200 km, reliant Abqaiq à Yanbu sur la mer Rouge. Avant la guerre, il transportait moins d’un million de barils par jour, mais sa capacité a été portée à 7 millions. Cependant, le terminal de Yanbu ne peut charger que 4 à 4,5 millions de barils par jour. En juillet 2026, les menaces houthistes ont forcé certaines cargaisons à emprunter le canal de Suez, ce qui a réduit leur capacité. Le 11 septembre 2026, des frappes de drones ont endommagé cet oléoduc, le fermant temporairement. L’Irak, de son côté, a signé un accord en juillet 2026 avec la Syrie pour réhabiliter l’oléoduc Kirkouk-Banias vers la Méditerranée, mais les travaux pourraient durer jusqu’à trois ans. Ces solutions restent fragiles et ne suffisent pas à compenser la perte du détroit d’Ormuz.

Ce que ça pourrait changer

Pour évaluer quels pays de l’OPEP+ peuvent s’adapter à cette nouvelle réalité, les auteurs de l’article ont créé un *indice d’adaptabilité* basé sur cinq critères : les finances, la gouvernance, les infrastructures, la géographie et l’exposition aux goulets d’étranglement. Les **Émirats arabes unis** arrivent en tête de ce classement grâce à leur oléoduc Habshan-Fujairah, qui donne directement sur le golfe d’Oman, évitant ainsi le détroit d’Ormuz. Leur capacité actuelle est de 1,5 million de barils par jour, avec un potentiel de 1,8 million. À l’inverse, le **Koweït** est en queue de classement, car l’intégralité de ses exportations transite par le détroit d’Ormuz, malgré un fonds souverain dépassant 1 000 milliards de dollars. La **Russie**, bien que moins dépendante du détroit, voit ses capacités réduites par les sanctions et les frappes ukrainiennes, limitant sa marge de manœuvre. Cet indice montre que la résilience dépend moins des réserves de pétrole que de la capacité à exporter rapidement.

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