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Géopolitique

L’administration Trump a-t-elle recours à des corsaires au large de l’Amérique latine ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 19 j

L’administration américaine pourrait avoir autorisé l’émission de lettres de marque afin de permettre à des mercenaires de détruire des embarcations. L’article L’administration Trump a-t-elle recours à des corsaires au large de l’Amérique latine ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Disparition mystérieuse

Fin janvier 2026, un navire de pêche équatorien, le Fiorella, a disparu dans l’océan Pacifique, à des centaines de kilomètres des côtes. Sur les dix membres d’équipage, huit sont toujours portés disparus, probablement tués ou capturés. Selon les deux marins rescapés, une colonne de fumée a été observée avant la perte de contact. Cette disparition s’inscrit dans le cadre de l’opération Lance du Sud, lancée en septembre 2025 par les États-Unis pour lutter contre le trafic de drogue en Amérique latine. L’opération couvre une zone immense, des Caraïbes jusqu’au Pacifique, et mobilise 15 000 hommes ainsi que des moyens militaires lourds comme des bombardiers et des navires d’assaut.

Opération controversée

Depuis son lancement, l’opération Lance du Sud a mené au moins 66 frappes contre des navires suspects, faisant au moins 221 morts. Le coût quotidien de l’opération est estimé à 31 millions de dollars, dont 2,8 millions non budgétisés. Les frappes dans les Caraïbes utilisent des avions de chasse modernes et des drones MQ-9 Reaper, mais celles visant des bateaux de pêche équatoriens ont été réalisées avec des drones moins sophistiqués, lancés depuis des navires non identifiés. Les équipages de ces navires portaient des uniformes sans signe distinctif, et leurs communications indiquaient qu’ils parlaient anglais avec un accent américain. Ces éléments suggèrent une implication directe ou indirecte des États-Unis, bien que le Pentagone refuse de confirmer ou d’infirmer ces informations.

Rôle de Blackwater

L’entreprise Blackwater, fondée par Erik Prince, un proche de l’administration Trump, pourrait jouer un rôle clé dans ces opérations. En mars 2025, Blackwater a signé un accord stratégique avec le gouvernement équatorien pour lutter contre la criminalité, sous la présidence de Daniel Noboa, un allié de Trump. Erik Prince s’est également rendu au Salvador en 2024 pour rencontrer le président Nayib Bukele, un autre proche de Trump, et a entamé des discussions avec Haïti pour un contrat similaire. Blackwater, déjà impliquée dans des conflits en Irak et en Afghanistan, a été graciée par Trump en 2020 après un massacre de civils en Irak. Son implication dans Lance du Sud soulève des questions sur l’utilisation de mercenaires par l’État américain.

Lettres de marque

Une hypothèse avancée est que l’administration Trump aurait autorisé l’émission de lettres de marque, des documents historiques permettant à des citoyens ou des entreprises privées de traquer et détruire des navires ennemis en temps de guerre. En décembre 2025, le sénateur républicain Mike Lee a proposé une loi visant à autoriser Trump à délivrer ces lettres pour lutter contre les cartels de drogue, assimilés à des corsaires modernes. La Constitution américaine donne au Congrès le droit de délivrer ces lettres, mais le texte n’a jamais été voté. Cette proposition s’inscrit dans une stratégie plus large de privatisation de la lutte contre le crime organisé en Amérique latine.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs éléments restent inexpliqués dans cette affaire. Les navires impliqués dans les attaques ne portent pas de signes distinctifs clairs, et leurs équipages ne sont pas clairement identifiés. Les drones utilisés sont peu sophistiqués et lancés depuis des navires non identifiés, dont certains sont immatriculés au nom d’entreprises domiciliées dans des centres logistiques américains. Les pilotes des avions ayant survolé les zones d’opération parlent anglais avec un accent américain, mais les appareils ne sont pas officiellement rattachés au Pentagone. Ces pratiques pourraient servir à dissimuler l’identité des opérateurs et à éviter une responsabilité directe de l’État américain.

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