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Sous la glace du Groenland, se trouve une base secrète de l’armée américaine que la NASA vient de redécouvrir par hasard

Presse-Citron · mis à jour il y a 1 h

Enfoui sous plus de 30 mètres de glace, le Camp Century, ancienne base militaire américaine construite en 1959, réapparaît sur les radars de la NASA lors d'un survol du Groenland..

Découverte d'une base secrète

En 2024, une équipe de chercheurs de la NASA, dirigée par Alex Gardner du Jet Propulsion Laboratory (JPL), a redécouvert par hasard une base militaire américaine enfouie sous la glace du Groenland. Cette base, nommée Camp Century, avait été construite en 1959 par le Corps des ingénieurs de l’armée américaine pendant la Guerre froide (1947-1991), période de tensions entre les États-Unis et l’Union soviétique. Le site, oublié pendant des décennies sous une épaisse couche de neige, a été révélé grâce à des images radar haute résolution, notamment celles du radar UAVSAR (Uninhabited Aerial Vehicle Synthetic Aperture Radar), embarqué sur un drone. Cette technologie permet de cartographier des structures cachées sous la glace avec une précision inédite. Le Camp Century représente un vestige stratégique de cette époque, où l’Arctique était considéré comme une zone de confrontation majeure entre les deux superpuissances.

Un projet militaire ambitieux

Le Camp Century était un projet pharaonique conçu pour abriter jusqu’à 200 soldats dans des conditions extrêmes. Face à des températures pouvant chuter jusqu’à -57°C et des vents dépassant 193 km/h, les ingénieurs américains ont mis au point une technique innovante appelée « cut-and-cover » : ils ont creusé des tunnels dans la glace, puis les ont recouverts pour créer un réseau de galeries s’étendant sur plus de 3 km. Le complexe comprenait des dortoirs, des laboratoires, un hôpital, une chapelle et même une salle de cinéma, le tout alimenté par un réacteur nucléaire portable PM-2A, une première mondiale dans l’Arctique. Ce réacteur, d’une puissance de 1,5 mégawatt, fournissait l’énergie nécessaire au fonctionnement de la base. Le projet a coûté 8 millions de dollars à l’époque, soit l’équivalent de plus de 80 millions de dollars aujourd’hui. Les structures étaient conçues pour résister à l’écrasement progressif de la glace, grâce à un système de réfrigération complexe maintenant les parois à température constante.

Abandon et ensevelissement

En 1967, le Camp Century a été abandonné pour des raisons logistiques et budgétaires. Les décennies suivantes, l’accumulation de neige a progressivement enseveli la base sous une couche de glace de plus en plus épaisse. Aujourd’hui, les structures sont enfouies sous plusieurs centaines de mètres de glace, mais les nouvelles technologies radar de la NASA ont permis de les localiser avec précision. Le site renferme cependant un problème environnemental majeur : 178 000 litres de déchets radioactifs issus du réacteur nucléaire PM-2A, ainsi que des déchets chimiques et des eaux usées. Ces déchets, laissés sur place, pourraient un jour refaire surface avec la fonte accélérée de la calotte glaciaire du Groenland, un phénomène lié au réchauffement climatique. Leur exposition représenterait une menace pour l’écosystème arctique, déjà fragilisé.

Enjeux environnementaux actuels

La redécouverte du Camp Century soulève des questions environnementales urgentes. La fonte des glaces au Groenland, accélérée par le changement climatique, pourrait exposer les déchets radioactifs et chimiques d’ici quelques décennies. Ces polluants, s’ils étaient libérés, pourraient contaminer les sols et les eaux de l’Arctique, avec des conséquences potentiellement graves pour les écosystèmes locaux et les populations autochtones. Les experts estiment que les effets de cette contamination pourraient persister pendant des siècles, voire des millénaires. La gestion de ce problème nécessitera une coopération internationale, impliquant les États-Unis, le Danemark (dont dépend le Groenland) et les autres nations arctiques. Chad Greene, glaciologue au JPL, souligne que les nouvelles données radar révèlent l’ampleur des structures enfouies, mais aussi l’urgence d’agir pour éviter une catastrophe écologique.

Ce que ça pourrait changer

Le Camp Century s’inscrit dans un contexte géopolitique précis : la **Guerre froide**, une période de rivalité intense entre les États-Unis et l’URSS (1947-1991). L’Arctique, notamment le **détroit de Béring**, était considéré comme une zone stratégique en raison de sa proximité avec les deux superpuissances. Les deux blocs craignaient que l’autre n’exploite les ressources naturelles de la région, comme le pétrole et le gaz. La construction du Camp Century visait à renforcer la présence américaine dans l’Arctique, un territoire alors perçu comme un *terrain de confrontation*. Aujourd’hui, cette base oubliée rappelle comment les enjeux militaires et technologiques de l’époque ont laissé des traces durables, tant sur le plan environnemental que géopolitique. La redécouverte de ce site illustre aussi l’importance de surveiller les vestiges du passé dans un contexte de changement climatique.

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