L’aura de la gastronomie française est le fruit d’une volonté politique
Longtemps restées un impensé de l’extrême droite, les thématiques de l’alimentation sont de plus en plus récupérées à des fins identitaires et xénophobes. Certaines voix terroiristes prétendent ainsi vouloir protéger la gastronomie française des « assauts du multiculturalisme ».
Le terme terroir désigne un espace géographique précis où une communauté humaine développe, au fil du temps, des traits culturels distinctifs grâce à des interactions entre son environnement naturel et ses pratiques. Selon l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité), l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et l’UNESCO, ce concept repose sur une combinaison de paysages, de climats, de productions agricoles et de traditions locales. La gastronomie française, souvent associée à cette idée de terroir, tire une partie de son prestige international d’apports étrangers issus de la colonisation. Ce phénomène est parfois qualifié de soft power, c’est-à-dire une influence culturelle qui dépasse le cadre économique ou militaire pour toucher les représentations et les imaginaires collectifs. La France bénéficie ainsi d’une image de cuisine raffinée et ancrée dans des traditions, bien que celle-ci soit en réalité le résultat d’échanges historiques et de métissages.
Depuis quelques années, des groupes d’extrême droite et de droite identitaire en France tentent de s’approprier l’image des terroirs à des fins politiques. Ils mettent en avant une esthétique rurale idéalisée, symbolisée par des bérets, des nappes à carreaux et des repas conviviaux présentés comme typiquement français. Ces groupes, souvent actifs sur les réseaux sociaux, utilisent cette imagerie pour promouvoir une vision nostalgique d’une France traditionnelle, opposée à la modernité et au multiculturalisme. Leur discours suggère que la gastronomie française serait menacée par des influences étrangères, une idée qui occulte les apports historiques extérieurs ayant façonné cette cuisine. Cette récupération s’inscrit dans une stratégie plus large de bataille culturelle, visant à redéfinir l’identité nationale autour de valeurs perçues comme authentiques et immuables.
L’article souligne que l’aura de la gastronomie française repose en partie sur des ingrédients, des techniques ou des plats issus de la colonisation. Par exemple, des produits comme la tomate, la pomme de terre ou le café, aujourd’hui considérés comme emblématiques de la cuisine française, ont été introduits en Europe après leur découverte dans d’autres régions du monde. Pourtant, cette dimension historique est souvent effacée dans les discours identitaires qui idéalisent le terroir. Les partisans de cette vision romantisée de la gastronomie française passent sous silence le fait que des savoir-faire et des ingrédients étrangers ont été intégrés, transformés et popularisés en France. Cette omission sert à renforcer l’idée d’une cuisine purement nationale, déconnectée des échanges globaux.
L’article s’inscrit dans un débat plus large sur la place de l’alimentation dans les discours politiques. Longtemps négligées par l’extrême droite, les questions liées à l’alimentation sont désormais instrumentalisées pour servir des projets identitaires. Les groupes qui s’en réclament utilisent une rhétorique autour du *terroir* pour mobiliser des émotions et des souvenirs collectifs, comme celui d’une France rurale et unie. Cette stratégie vise à créer un sentiment de menace face à la mondialisation et à la diversité culturelle, en présentant la gastronomie française comme un bastion à défendre contre des influences jugées étrangères. Le contexte de *bataille culturelle* mentionné dans l’article renvoie à des conflits idéologiques où l’alimentation devient un terrain de confrontation entre différentes visions de la société.

