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Au Liban, le sexe transactionnel comme stratégie de survie

The Conversation France · mis à jour il y a 18 j

L’ESSENTIEL Selon les autorités libanaises, près de 760 000 personnes ont été déplacées depuis le retour de la guerre en mars 2026, principalement dans le sud du pays et dans la banlieue sud de Beyrouth. Le conflit se conjugue aux crises politiques et économiques préexistantes, aggravant encore la vulnérabilité de ces personnes.

Crise au Liban

Depuis le retour de la guerre en mars 2026, le Liban fait face à une crise humanitaire majeure avec près de 760 000 personnes déplacées, principalement dans le sud du pays et dans la banlieue sud de Beyrouth. Cette situation s’ajoute à des crises politiques et économiques déjà existantes, aggravant la vulnérabilité des populations. Le conflit a provoqué des déplacements internes répétés, avec plus d’un million de résidents affectés. Malgré un cessez-le-feu et des accords-cadres signés en juin 2026, la situation reste critique : en septembre 2026, 329 686 personnes sont toujours déplacées et 500 000 n’ont pas de logement pour retourner. Les infrastructures sont endommagées et l’aide humanitaire, déjà réduite, ne couvre que 51,3 % des besoins estimés par l’ONU.

Définition du sexe transactionnel

Le sexe transactionnel (ST) désigne des relations sexuelles échangées contre des bénéfices matériels ou immatériels, comme de l’argent, un logement, une protection ou un statut légal. Ce concept englobe plusieurs pratiques : le travail du sexe (prostitution), les mariages de convenance (mariages organisés pour des raisons économiques ou administratives), les relations intimes transactionnelles (échanges sexuels ponctuels contre une aide) et les rapports sexuels transactionnels (faveurs sexuelles en échange de services). Une étude menée en 2022 par le Liminality Research Consortium a révélé que 69 % des 261 participants, issus de populations vulnérables au Liban, en Turquie, en Grèce, en Jordanie et en Suisse, avaient observé ou vécu cette pratique.

Facteurs de vulnérabilité

Plusieurs facteurs poussent les personnes, notamment les femmes et les personnes LGBTQIA+, à recourir au ST. La précarité financière est majeure : au Liban, les opportunités de travail sont limitées pour les réfugiés ou les personnes marginalisées, en raison de restrictions juridiques ou de stigmatisation. Les obstacles au logement aggravent la situation, certains propriétaires exigeant des relations sexuelles en échange d’un hébergement. Les déplacements forcés exposent aussi les femmes à des risques d’abus sexuels, les poussant à des stratégies de protection comme des mariages arrangés ou des relations avec des passeurs. Une experte interviewée dans le cadre de l’étude estime que « la grande majorité des filles ont subi une exploitation sexuelle durant leur parcours ».

Stratégies de survie

Le ST n’est pas seulement une contrainte, mais parfois un choix pour améliorer sa situation. Certaines personnes, comme une femme transgenre interrogée, organisent des réseaux de prostitution illicites pour en tirer un revenu. D’autres, comme un Libanais ayant transformé sa maison en bordel, facilitent ces pratiques pour des groupes vulnérables. Cependant, ces stratégies augmentent les risques de violences, d’exploitation et de maladies comme le VIH. Par exemple, Maysam, une réfugiée transgenre irakienne, a dû échanger des faveurs sexuelles contre un logement après avoir été contrainte de quitter son appartement, ce qui l’a exposée au VIH. Ces récits illustrent comment le ST devient une solution temporaire face à l’absence de filets de sécurité sociaux ou étatiques.

Rôle des acteurs clés

L’étude a été menée par le Liminality Research Consortium, un groupe de chercheurs qui vise à étudier les conditions de vie des populations vulnérables, notamment les réfugiés et les personnes déplacées. Les travaux ont reçu le soutien financier de l’International Development Research Centre (IDRC) et du Swiss National Science Foundation (SNSF). Les acteurs humanitaires et les prestataires de soins sont aussi mentionnés, car leurs attitudes envers le ST manquent souvent de nuance. Une personne enquêtée a souligné : « Les gens vous jugent, sans chercher à comprendre pourquoi. » Les réponses humanitaires actuelles sont jugées insuffisantes pour aborder ces situations de manière proactive et lever les tabous qui les entourent.

Ce que ça pourrait changer

Le recours au ST au Liban reflète une réalité structurelle où les portes se ferment pour les populations les plus exposées. Les crises politiques, économiques et militaires réduisent l’accès aux besoins essentiels, comme le logement, la santé ou la protection juridique. Les personnes en situation de vulnérabilité, notamment les réfugiés et les personnes LGBTQIA+, paient un lourd tribut : violences, maladies, exploitation. L’étude souligne que le ST pourrait s’intensifier si la situation humanitaire ne s’améliore pas. Les auteurs appellent à une réflexion sur la manière dont les réponses humanitaires abordent ces pratiques, en évitant les jugements et en intégrant des solutions adaptées aux réalités locales.

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