La finance solidaire convainc de plus en plus mais pèse encore très peu
La finance solidaire permet d’orienter son épargne vers des projets d'utilité sociale ou environnementale. Un dispositif apprécié par les Français, mais encore trop peu proposé et menacé par le contexte de rigueur budgétaire..
La finance solidaire désigne un ensemble de placements financiers dont l'objectif est de soutenir des projets à forte utilité sociale ou environnementale, comme la création d'emplois, l'accès au logement, la santé, l'agriculture durable ou la transition écologique. En France, elle représente en 2025 un encours total de 34 milliards d'euros, soit 0,52% de l'épargne des Français. Elle se distingue de l'épargne classique par son exigence de transparence et d'impact concret. Par exemple, la foncière Les Feves, gérée par l'entreprise Fermes en vie, collecte des fonds pour acheter des terres agricoles et les louer à de jeunes agriculteurs en échange de leur engagement à adopter une agriculture biologique. Les épargnants peuvent investir directement dans ce projet via des parts sociales, bénéficiant d'une réduction d'impôt de 25% sous conditions.
Créée en 2020, Fermes en vie est une entreprise qui facilite l'accès à la terre pour de jeunes agriculteurs non issus du milieu agricole traditionnel. Le coût moyen d'un hectare de terre agricole étant de 6 400 €, l'achat d'une exploitation de 70 hectares représente un investissement d'environ 450 000 €, auquel s'ajoutent les coûts des bâtiments et équipements, pouvant atteindre un million d'euros. Pour contourner cette barrière financière, Fermes en vie propose aux épargnants d'investir dans sa foncière Les Feves, qui achète les terres et les loue aux agriculteurs avec une option d'achat. Ces derniers s'engagent à se convertir à l'agriculture biologique (label AB) et à diversifier leur production tout en préservant les haies, les bois et les points d'eau. Depuis 2021, 60 millions d'euros ont été collectés, permettant de financer 60 fermes et d'accompagner 88 agriculteurs en France.
Les épargnants qui investissent dans des projets comme Les Feves bénéficient de plusieurs avantages. D'abord, les terres agricoles sont considérées comme un placement stable, avec une valorisation annuelle moyenne de 1,5 à 4%. Ensuite, la foncière Les Feves a obtenu l'agrément entreprise solidaire d'utilité sociale (Esus), ce qui permet aux investisseurs de bénéficier d'une réduction d'impôt de 25% sur les sommes investies, à condition de conserver leurs parts pendant au moins sept ans. Bien que les épargnants ne perçoivent pas de dividendes, la valeur de leurs parts est réévaluée chaque année et augmente en moyenne de 1 à 2%. Les frais de souscription s'élèvent à 4%, mais les épargnants sont régulièrement informés de l'utilisation de leur argent grâce à des réunions organisées par Fermes en vie.
La finance solidaire propose trois principaux canaux pour épargner. Le premier est l'actionnariat solidaire, où les épargnants achètent directement des parts de capital dans des entreprises solidaires, comme des foncières ou des clubs d'investisseurs (ex. : Cigales ou Garrigue). Le deuxième canal inclut les produits bancaires et assurantiels, proposés par des banques comme le Crédit coopératif ou des mutuelles comme la Maif. Ces produits peuvent être des fonds communs de placement (FCP), des sociétés d'investissement à capital variable (Sicav), ou des comptes épargne. Enfin, l'épargne salariale solidaire provient des plans d'épargne entreprise (PEE), où les salariés peuvent investir une partie de leur épargne dans des fonds solidaires. Depuis 2008, les sociétés de gestion sont obligées de proposer au moins un fonds solidaire à leurs clients.
Les fonds solidaires dits 85-15 investissent entre 5% et 15% de leurs encours dans des entreprises solidaires, tandis que le reste est placé de manière « responsable » dans des entreprises cotées. Ces fonds peuvent être labellisés Finansol, Greenfin (pour les investissements verts) ou ISR (investissement socialement responsable), qui exclut depuis 2024 les placements dans les énergies fossiles. En 2025, 67% des fonds solidaires sont investis dans des projets sociaux, 25% dans des projets écologiques, et seulement 5% dans la solidarité internationale (contre 12% il y a dix ans). Certains fonds proposent aussi un mécanisme de partage, permettant aux épargnants de donner une partie de leurs intérêts à des associations.
En 2025, la finance solidaire ne concerne que 2 millions d'épargnants et 0,52% de l'épargne des Français, alors qu'un Français sur quatre souhaiterait que son épargne ait un impact social ou écologique. Cependant, les épargnants sont de moins en moins des « militants » et recherchent davantage la rentabilité. Le collectif Fair, qui décerne le label Finansol, constate aussi une baisse d'intérêt pour la solidarité internationale. Par ailleurs, la finance solidaire joue souvent un rôle complémentaire aux financements publics, mais de nombreuses structures de l'économie sociale et solidaire (ESS) sont fragilisées par la rigueur budgétaire. Fair milite donc pour renforcer le cadre réglementaire et inciter les épargnants à choisir des placements solidaires par défaut.
Le collectif *Fair*, qui regroupe plus de 150 membres (institutions financières, entreprises sociales, ONG), joue un rôle clé dans le développement de la finance solidaire. En 2022, il a obtenu un cadre réglementaire favorable à l'*assurance-vie solidaire*, imposant aux assureurs de proposer une unité de compte (UC) solidaire dans tous les contrats multisupport. En 2019, la loi *Pacte* a également réduit le forfait social pour les TPE-PME souhaitant ouvrir un PEE, incitant ces entreprises à proposer l'épargne salariale solidaire à leurs salariés. *Fair* travaille désormais sur des propositions pour intégrer par défaut des fonds solidaires dans les plans d'épargne salariale et les gestions pilotées, avec une allocation minimale de 1% sur des supports solidaires.

