Immersion dans le “bizi”, les réseaux de prostitution en ligne au Burkina Faso
Le média burkinabè “Studio Yafa” a enquêté pendant plusieurs mois sur la prolifération de réseaux proposant les services de travailleuses du sexe, afin de saisir leur fonctionnement et les motivations des acteurs impliqués, du client au proxénète..
Le bizi désigne un réseau de prostitution en ligne au Burkina Faso, souvent qualifié de prostitution 2.0. Ce terme local désigne des échanges de services sexuels organisés via des plateformes numériques comme WhatsApp, Facebook, TikTok ou Instagram. Contrairement à la prostitution traditionnelle, ces réseaux fonctionnent de manière clandestine, à travers des groupes fermés où les membres recrutent par invitation. L’article révèle que l’enquête a débuté fin décembre 2023, après la réception d’un message publicitaire : une offre de services sexuels à 5 000 francs CFA (7,62 €) pour un rapport incluant une fellation. Les contacts sont obtenus via des groupes en ligne, où les participants partagent des numéros de téléphone ou des liens d’invitation. Cette méthode illustre l’évolution des pratiques prostitutionnelles, désormais intégrées aux outils numériques, tout en restant illégale au regard du proxénétisme.
Pour accéder à ces réseaux, il faut généralement payer des frais d’entrée, souvent fixés à 5 000 francs CFA (7,62 €), comme l’a constaté le journaliste infiltré. Une fois intégré, il découvre un espace d’échanges directs et crus, où les participants partagent des photos intimes (nudes) et négocient des services. Les interactions y sont brutales : on expose, on marchande, on achète sans détour. Le silence est une règle absolue dans ces communautés, où la discrétion est vitale pour éviter les poursuites. Pour contourner cette barrière, le journaliste a dû créer son propre groupe et se faire passer pour un manager, un intermédiaire qui recrute de nouvelles recrues. Cette stratégie a permis d’obtenir des témoignages et de mieux comprendre les dynamiques internes de ces réseaux.
Les travailleuses du bizi ont des parcours variés. Certaines, comme sexy girl, une mère divorcée de 36 ans, ont intégré ce milieu par désillusion face aux hommes et par nécessité financière. D’autres, comme Pascaline, gérante d’une boutique de cosmétiques, utilisent un commerce comme couverture pour leurs activités illégales. Alya, 28 ans, reçoit ses clients dans sa villa et affirme travailler jusqu’à douze heures par jour, gagnant plus de 2 millions de francs CFA (3 049 €) par mois. Ces revenus élevés contrastent avec les conditions difficiles du métier, où la violence, les rapports non consentis et les traumatismes psychologiques sont fréquents. Certaines consomment également des drogues pour supporter la fatigue et le stress liés à cette activité.
Les clients du bizi sont majoritairement des hommes mariés cherchant à tromper la routine conjugale, ou des célibataires peu enclins à s’engager dans une relation stable. Leur profil reflète une demande diversifiée, allant de l’infidélité à la recherche de services sexuels ponctuels. Ces hommes, souvent issus de milieux aisés, utilisent ces réseaux pour accéder à des services sans engagement émotionnel. Leur anonymat est préservé grâce à la discrétion des plateformes et des groupes fermés. Cependant, cette pratique expose les clients à des risques, notamment des arnaques ou des chantages, bien que l’article ne détaille pas ces cas.
Au Burkina Faso, la prostitution elle-même n’est pas illégale, mais le proxénétisme, c’est-à-dire l’exploitation ou la gestion de réseaux de prostitution, est strictement pénalisé. Cette nuance juridique crée un flou autour des activités en ligne, où les frontières entre indépendance et exploitation sont parfois floues. Les travailleuses du *bizi* opèrent dans un cadre légal ambigu, exploitant les failles des textes pour organiser leurs activités. Cependant, les risques de violence, d’arnaques et de traumatismes restent élevés, comme le souligne l’article. Cette situation met en lumière les défis des autorités burkinabè pour encadrer un phénomène en pleine mutation, porté par les nouvelles technologies.

