Le Corbusier, les fondements d'une vocation
En 1907, Charles-Édouard Jeanneret a 20 ans. Avant de devenir Le Corbusier, ce jeune Jurassien part en voyage pour apprendre l’architecture.
En 1907, Charles-Édouard Jeanneret, alors âgé de 20 ans, quitte sa ville natale de La Chaux-de-Fonds, en Suisse, pour un voyage d’études en Europe. Ce jeune homme, futur architecte connu sous le nom de Le Corbusier, prend le train avec une mallette et des lunettes rondes, déterminé à se former hors des sentiers battus. À cette époque, la voie classique pour devenir architecte passait par l’École polytechnique de Zurich. Cependant, Jeanneret choisit une approche différente : apprendre sur le terrain, en observant directement les monuments et les villes. Son objectif est clair : comprendre l’architecture à travers ses réalisations historiques. Ce voyage marque le début de sa vocation, bien qu’il ne sache pas encore exactement ce qu’il veut construire. Ce départ symbolise aussi une rupture avec son environnement initial, une petite ville suisse de 40 000 habitants, où les rues rectilignes et les immeubles identiques lui semblent froids et répétitifs.
Le voyage de Jeanneret le mène d’abord à Milan, où il découvre la cathédrale gothique avec admiration, imitant l’écrivain Stendhal dans sa façon d’observer les monuments. Il poursuit son périple vers Gênes, Pise et surtout Florence, où il est fasciné par les palais et les églises. Parmi ces découvertes, la chartreuse d’Ema, un monastère du XIVe siècle près de Florence, le marque profondément. Les cellules des moines, simples et fonctionnelles, entourées de jardins privatifs, lui inspirent une vision de l’habitat idéal. Dans une lettre à son professeur Charles L'Eplattenier, il décrit cette expérience comme une « solution de la maison ouvrière type » ou un « paradis terrestre ». Cette vision influencera plus tard ses projets, notamment les unités d’habitation de la Cité radieuse de Marseille, conçues pour offrir un cadre de vie harmonieux et fonctionnel. Ce voyage en Italie, entre admiration et analyse, façonne sa compréhension de l’architecture comme un art au service de l’humain.
Après l’Italie, Jeanneret se rend à Vienne, où il est critique envers le style *Sécession*, un mouvement artistique autrichien caractérisé par des formes organiques et une grande expressivité. Il poursuit ensuite son voyage à Paris, où il s’installe dans une mansarde modeste. Malgré des conditions d’hygiène précaires, il persiste dans sa quête de formation. Grâce à l’affichiste Eugène Grasset, il obtient un stage prestigieux chez les frères Perret, une agence parisienne spécialisée dans le béton armé. Cette expérience est déterminante, car le béton armé, un matériau innovant à l’époque, deviendra un pilier de ses réalisations futures. À travers ces étapes, Jeanneret affine sa vision : l’architecture doit allier esthétique, fonctionnalité et innovation technique. Son parcours, marqué par des rencontres et des observations, pose les bases de sa future carrière sous le nom de Le Corbusier.

