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Économie

La tentation espagnole

Telos · mis à jour 7 juil.

Vue de Quimper, Paris ou Briançon, l’Espagne fait envie. Certes pas pour les températures qui y sévissent mais parce qu’au-delà des Pyrénées, la croissance économique est enviable, 2,8% contre 0,8% en France, le chômage baisse et le déficit budgétaire est repassé en dessous de 3% du PIB.

Croissance espagnole enviée

L’Espagne affiche en 2025 une croissance économique de 2,8 %, bien supérieure à celle de la France (0,8 %). Cette performance s’accompagne d’une baisse du chômage et d’un déficit budgétaire repassé sous la barre des 3 % du PIB. Ces résultats contrastent avec la situation française et suscitent l’intérêt des observateurs politiques et économiques. Cependant, les causes de cette croissance sont souvent mal comprises. Certains y voient une conséquence directe de l’immigration massive et de la hausse du salaire minimum (SMIC en France, SMI en Espagne), mais cette interprétation simpliste mérite d’être nuancée. L’Espagne a en effet mené une politique d’ouverture migratoire sans précédent, avec plus d’un million de régularisations en 2025, et une revalorisation significative du salaire minimum, passé de 1 478 € à 1 700 € net par mois. Ces mesures ont effectivement stimulé la consommation et l’emploi, mais leur impact global reste à analyser avec précaution.

Immigration modèle espagnol

L’Espagne compte en 2025 près de 7,1 millions de résidents étrangers réguliers, soit 15 % de sa population, un chiffre en hausse de 5,5 % en un an. Près de la moitié de ces immigrés viennent d’Amérique latine (Venezuela, Colombie), 35 % d’autres pays de l’Union européenne, et le reste principalement du Maroc. Selon le FMI, l’immigration a été un moteur clé de la croissance espagnole entre 2022 et 2025, avec les trois quarts des créations d’emplois attribuables à des travailleurs étrangers. Cette intégration a été facilitée par des facteurs culturels et linguistiques, permettant une insertion relativement harmonieuse sur le marché du travail. Cependant, cette politique atteint désormais ses limites sociales, comme en témoigne la montée du parti d’extrême droite Vox, qui recueille 9,6 % des voix aux dernières élections européennes. Par ailleurs, la France ne pourrait pas reproduire ce modèle à l’identique, car 50 % des immigrés vivant en France en 2025 proviennent d’Afrique, une origine moins propice à une intégration rapide.

SMIC français trop élevé

Le salaire minimum espagnol (SMI) s’élève à 1 193 € net par mois en 2025, contre 1 738 € net pour un salarié français payé au SMIC et effectuant cinq heures supplémentaires par semaine. Une fois ajusté du niveau des prix (20 % plus élevé en France qu’en Espagne), l’écart se réduit à 22 % en faveur de la France. Cependant, la productivité des salariés français payés au SMIC n’est supérieure que de 10 % à celle de leurs homologues espagnols, ce qui rend le SMIC français excessif par rapport à son équivalent espagnol. Une hausse massive du SMIC français, comme celle proposée par Jean-Luc Mélenchon (+14 %), pourrait entraîner la suppression de 100 000 à 200 000 emplois, selon les économistes. Elle accentuerait également la compression des salaires, déjà parmi les plus faibles de l’Union européenne, et réduirait l’effet de relance attendu, d’autant que l’économie française est très ouverte aux importations.

Bulle immobilière espagnole

Dans les années 2000, l’Espagne a connu une forte croissance économique, alimentée par l’immigration qualifiée, la déréglementation et l’adhésion à la zone euro. Cette dernière a fait chuter les taux d’intérêt de 12,3 % en 1995 à 4 % en 1998, favorisant un endettement massif des ménages et des entreprises, notamment dans le secteur immobilier. Entre 2005 et 2008, la dette des ménages a augmenté de 18 points de PIB et celle des entreprises de 37 points. Cette bulle immobilière a éclaté avec la crise financière de 2008, provoquant une récession et une crise bancaire. La dette publique, initialement maîtrisée (36 % du PIB en 2008), a explosé pour atteindre 104 % en 2014. Cette expérience illustre les risques d’un endettement privé insoutenable et d’un déni des autorités face aux déséquilibres économiques.

Ce que ça pourrait changer

L’article souligne un parallèle entre la situation espagnole des années 2000 et la France actuelle, où l’endettement total (ménages, entreprises, État) atteint 324 % du PIB en 2025, un niveau supérieur au pic espagnol de 2014 (315 %). Les risques de crise de soutenabilité, c’est-à-dire de perte de confiance des investisseurs, sont donc réels. Pourtant, une forme de déni persiste parmi les responsables politiques français, qui minimisent ces dangers. Les propositions de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Jordan Bardella (RN) en sont des exemples, avec des mesures comme la « punition des spéculateurs » ou la « forçage » de la Banque centrale européenne (BCE) à annuler la dette française. Ces approches, selon l’auteur, relèvent du même déni qui a retardé la gestion de la crise espagnole, aggravant ses conséquences économiques et sociales.

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