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Quel a été le rôle des femmes dans le génocide au Rwanda ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

Dans les Chantiers de la recherche, on reçoit une chercheuse en histoire qui s’est attachée à documenter le génocide au Rwanda, et qui lève le voile sur l’implication des femmes au pouvoir à l’époque dans ce massacre. Quel a été le rôle des femmes dans l’extermination des Tutsis ?.

Femmes au pouvoir

En 1994, au Rwanda, des femmes occupaient des postes politiques clés au sein du gouvernement et du parti au pouvoir, l’Akazu (un cercle restreint de proches du président Juvénal Habyarimana, majoritairement hutu). Ces femmes, souvent membres de l’élite, ont joué un rôle actif dans l’organisation et la mise en œuvre du génocide des Tutsis. L’historienne Juliette Bour, autrice de l’ouvrage Comme des hommes ? Femmes politiques génocidaires au Rwanda, souligne que leur implication a été sous-estimée, voire niée, en raison de stéréotypes de genre qui associent traditionnellement les femmes à des rôles non violents. Pourtant, des figures comme Agathe Kanziga, épouse du président, ou Pauline Nyiramasuhuko, ministre de la Famille, ont été directement impliquées dans la planification et l’exécution des violences.

Rôle actif et varié

Les femmes impliquées dans le génocide ont occupé des fonctions multiples, allant de la logistique à la propagande. Certaines ont organisé des réunions secrètes pour coordonner les massacres, tandis que d’autres ont utilisé leur influence pour inciter à la violence ou faciliter l’accès aux armes. Pauline Nyiramasuhuko, par exemple, a été accusée d’avoir encouragé les miliciens Interahamwe (groupe armé hutu responsable de nombreux massacres) à violer et tuer des Tutsies. D’autres ont participé à la distribution de listes de cibles ou à la gestion des camps de réfugiés, où des milliers de Tutsis ont été traqués et exécutés. Leur rôle n’a pas été limité à un soutien passif : elles ont souvent agi avec une détermination comparable à celle des hommes, remettant en cause l’idée d’une violence exclusivement masculine.

Stéréotypes et déni

L’implication des femmes dans le génocide a été minimisée, voire ignorée, en partie à cause de préjugés culturels qui les présentent comme naturellement pacifiques ou soumises. Pourtant, les archives judiciaires, notamment celles du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), ont révélé leur participation active. Par exemple, Beatrice Munyenyezi, première femme de premier plan poursuivie pour son rôle dans le génocide, a été condamnée en 2013 à dix ans de prison pour avoir menti sur son implication dans des meurtres et des viols. Ces cas montrent que la violence genrée ne suit pas toujours les schémas attendus, et que les femmes peuvent être à la fois victimes et actrices de violences extrêmes.

Conséquences judiciaires

Depuis 1994, plusieurs femmes ont été jugées par le TPIR ou par des tribunaux rwandais pour leur participation au génocide. Parmi les condamnations les plus marquantes, celle de Pauline Nyiramasuhuko, condamnée en 2011 à la prison à perpétuité pour génocide, crimes contre l’humanité et violences sexuelles. D’autres, comme Agathe Kanziga, ont été jugées par contumace ou sont toujours recherchées. Ces procédures judiciaires ont permis de documenter l’ampleur de leur rôle, mais aussi de souligner les lacunes dans la reconnaissance de leur implication. En 2021, seulement une dizaine de femmes ont été condamnées pour leur participation au génocide, un chiffre faible comparé à celui des hommes.

Ce que ça pourrait changer

L’implication des femmes dans le génocide a eu des répercussions profondes sur la société rwandaise, notamment en termes de mémoire et de réconciliation. Leur participation a remis en question les récits traditionnels sur la violence et le genre, forçant le Rwanda à affronter une réalité complexe. Aujourd’hui, des associations comme *AVEGA* (Association des Veuves du Génocide) œuvrent pour la reconnaissance des victimes et la réinsertion des femmes condamnées, tout en luttant contre l’impunité. Cependant, le sujet reste tabou, et de nombreuses femmes impliquées continuent de bénéficier d’une impunité relative, en raison de leur statut social ou de leur proximité avec le pouvoir.

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