En Colombie, la transition entre Abelardo de la Espriella et Gustavo Petro s’annonce électrique
Alors que le président élu d’extrême droite s’apprête à prendre ses fonctions le 7 août, le chef de l’État sortant de gauche conteste toujours sa courte victoire. Retour sur la transition tendue qui se prépare, entre deux responsables politiques que tout oppose..
Le 21 juin 2024, la Colombie a élu son nouveau président lors d’un scrutin historique. Abelardo de la Espriella, candidat d’extrême droite, a remporté l’élection avec 49,66 % des voix, contre 48,70 % pour Iván Cepeda, représentant de la gauche au pouvoir. Ce résultat, le plus serré de l’histoire du pays, a été confirmé par le quotidien conservateur El Tiempo. La Colombie, traditionnellement marquée par des divisions politiques fortes, voit ainsi s’opposer deux visions radicalement différentes pour son avenir. De la Espriella se présente comme un « antidote au venin de la gauche », tandis que Cepeda incarne la continuité du gouvernement de Gustavo Petro, premier président de gauche du pays. Les tensions entre les deux camps sont vives, notamment en raison des accusations de fraude électorale portées par Petro contre son successeur.
Gustavo Petro, président sortant, conteste la victoire d’Abelardo de la Espriella et l’accuse de fraude électorale. Il évoque 880 000 votes irréguliers, selon le journal El País América, mais précise que ces allégations restent pour l’instant non prouvées. Petro va plus loin en accusant les États-Unis et Israël d’ingérence dans le processus électoral, une affirmation qui alimente les soupçons de manipulation. Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de méfiance envers les puissances étrangères, notamment en raison des liens supposés entre de la Espriella et des acteurs américains. Le quotidien progressiste El Espectador souligne que ces tensions pourraient paralyser le pays si elles ne sont pas résolues avant l’investiture prévue le 7 août.
Abelardo de la Espriella, avocat et homme d’affaires, dispose d’une triple nationalité : colombienne, italienne et américaine. Cette proximité avec les États-Unis nourrit les critiques de ses adversaires, qui le présentent comme une « marionnette de Washington ». De la Espriella ne cache pas son admiration pour Donald Trump, ce qui renforce les suspicions de collusion avec les autorités américaines. Ses opposants, comme Iván Cepeda, exigent qu’il renonce à sa nationalité américaine et clarifie ses liens avec la CIA (agence de renseignement américaine) et la DEA (agence fédérale luttant contre le trafic de drogue). Ces demandes reflètent une méfiance envers l’influence des États-Unis sur la politique colombienne, un sujet sensible dans un pays où les relations avec Washington ont souvent été tendues.
Face à la victoire contestée d’Abelardo de la Espriella, Gustavo Petro menace d’engager une désobéissance civile pacifique si le nouveau président ne renonce pas à sa nationalité américaine et ne clarifie pas ses liens avec les services de renseignement américains. Le quotidien El Espectador estime que cette menace « ne doit pas être minimisée », car elle pourrait paralyser le pays. Petro, en tant que commandant en chef des armées jusqu’à son départ, a déjà interdit aux forces militaires de participer à la cérémonie d’investiture, prévue le 7 août. Cette décision s’oppose au souhait de de la Espriella, qui avait promis que la cérémonie se tiendrait dans une caserne militaire ou de police. Le lieu exact de l’investiture reste à déterminer, car le Sénat a autorisé qu’elle ait lieu dans le département du Cauca, rompant avec la tradition.
Les tensions entre Gustavo Petro et Abelardo de la Espriella s’intensifient avec des accusations mutuelles. De la Espriella a demandé à la commission de transition de dénoncer un prétendu complot entre des membres du gouvernement Petro et le *Clan del Golfo*, un groupe de narcotrafiquants, auprès du ministère de la Justice américain. Il menace même d’extrader Petro vers les États-Unis. En réponse, Petro accuse de la Espriella d’être un instrument des États-Unis et d’Israël. Ces échanges révèlent une polarisation extrême de la vie politique colombienne, où chaque camp accuse l’autre de corruption ou de collusion avec des acteurs illégaux. La situation reste explosive à quelques jours de l’investiture, avec un risque de paralysie institutionnelle si les tensions persistent.

