On a rencontré Mike Flanagan, créateur d'une nouvelle interprétation de «Carrie» à l'ère des réseaux sociaux
Un demi-siècle après la sublime adaptation de Brian de Palma, Mike Flanagan livre sur Prime une réinterprétation moderne du roman de Stephen King, à base de réseaux sociaux et de polarisation politique. On en a parlé avec lui..
En 1976, le réalisateur Brian de Palma adapte à l'écran le roman Carrie de Stephen King, sorti deux ans plus tôt. Ce film devient rapidement un classique du cinéma d'horreur, grâce à des éléments marquants comme la performance de Sissy Spacek dans le rôle-titre, la musique de Pino Donaggio et la scène symbolique de Carrie couverte de sang lors du bal de promo. Cinquante ans après sa sortie, cette œuvre conserve une forte influence culturelle. Plusieurs adaptations ont suivi au cinéma, à la télévision et au théâtre, mais la nouvelle série Carrie, disponible sur Prime depuis le 7 octobre 2026, se distingue par une réinterprétation radicalement différente, adaptée à l'ère numérique.
Mike Flanagan, réalisateur et scénariste connu pour ses adaptations d'œuvres de Stephen King (Gerald's Game, Doctor Sleep), propose une version moderne de Carrie où le harcèlement scolaire prend une dimension nouvelle à l'ère des réseaux sociaux. Dans cette adaptation, les tourments de Carrie White, une adolescente timide dotée de pouvoirs télékinétiques, sont amplifiés par la diffusion instantanée de ses humiliations en ligne. Flanagan souligne que « les adolescents existent dans un monde où leurs tourments, leurs erreurs et leurs traumatismes peuvent être instantanément et définitivement visibles aux yeux du monde entier ». La cruauté n'a pas changé, mais les outils permettant de la perpétrer sont devenus plus puissants, notamment à travers les smartphones et les plateformes comme Instagram.
Pour ancrer sa série dans la réalité contemporaine, Mike Flanagan s'est inspiré de faits divers récents, comme l'affaire d'un compte Instagram créé par un lycéen en Californie, qui a provoqué des tensions communautaires, des procès et des destructions de vies. La série aborde également d'autres enjeux actuels tels que les simulations de fusillades à l'école, la polarisation idéologique et l'influence des réseaux sociaux. Flanagan a intégré des lycéens dans le processus de création pour recueillir leurs témoignages et rendre le récit plus authentique. Son expérience personnelle, à la fois d'adolescent timide et de parent d'un lycéen, a également nourri cette réinterprétation.
Contrairement aux adaptations précédentes, la série de Flanagan offre une profondeur inédite aux personnages, notamment en humanisant des figures auparavant perçues comme monstrueuses. Par exemple, Chris Hargensen, l'élève qui harcèle Carrie, est présentée comme une victime de son environnement familial toxique, marqué par un père manipulateur et une mère absente. De même, Margaret White, la mère ultra-religieuse de Carrie, est rendue plus complexe et attachante, avec des traits d'humour. La série explore ainsi le cycle de la violence et montre que les personnages ne sont pas piégés par les circonstances, mais font des choix, souvent mauvais, qui contribuent à la tragédie.
Avec huit épisodes d'environ une heure, la série permet d'explorer les personnages de manière plus approfondie que dans le roman ou les films précédents. Flanagan insiste sur l'importance de montrer Carrie White non seulement comme une victime, mais aussi comme une adolescente en quête de bonheur et de connexion. Des moments de grâce, comme sa relation avec une voisine qui lui prête des livres ou sa découverte émerveillée de la bibliothèque du lycée, contrastent avec les épreuves qu'elle endure. Le réalisateur explique que « l'adolescence est un moment ultime, car c'est une période où se bousculent toutes les plus grandes émotions », et que donner ces moments de légèreté à Carrie était essentiel pour rendre son parcours plus humain.
La série aborde également la polarisation politique aux États-Unis, un phénomène exacerbé par les réseaux sociaux. Un exemple marquant est le choix de Margaret White de créer un compte Instagram pour défendre sa fille harcelée, ce qui déclenche des réactions en chaîne et des conséquences dramatiques. Flanagan souligne que chaque interaction en ligne, même minime, a un impact réel sur les vies des individus. Il explique avoir pris ses distances avec les réseaux sociaux pendant la production de la série, ce qui lui a permis de mieux comprendre le courage nécessaire aux jeunes pour affronter ces plateformes au quotidien.
La série bénéficie d'un casting unanimement salué, avec des acteurs comme Summer H. Howell dans le rôle de Carrie, Samantha Sloyan dans celui de Margaret White, et Matthew Lillard en proviseur compatissant. L'écriture, d'une grande profondeur émotionnelle, permet de redécouvrir l'œuvre de Stephen King sous un nouvel angle. Flanagan précise que « nous avons eu l'opportunité d'explorer les personnages à un degré qui n'a jamais été possible dans aucune autre adaptation », grâce à la durée plus longue de la série. Cette version est présentée comme une tragédie, où chaque personnage est acteur de son propre destin, même si les circonstances jouent un rôle important.

