Face aux incendies, comment les sapeurs-pompiers se protègent-ils et quels risques pour leur santé ?
Le Var, la Gironde, les Landes, cet été les sapeurs-pompiers étaient sur tous les fronts pour lutter contre les feux. Quatre d'entre eux y ont laissé leur vie.
En 2026, les sapeurs-pompiers français ont été massivement mobilisés pour lutter contre des incendies de forêt d’une intensité exceptionnelle, notamment dans le Var, la Gironde et les Landes. Quatre d’entre eux ont perdu la vie lors de ces interventions, et des dizaines d’autres ont été blessés. Leur devise officielle, "Courage et dévouement", reflète les valeurs fondamentales de leur métier : altruisme, solidarité et esprit de sacrifice. Malgré des conditions extrêmes – épuisement, déshydratation, brûlures, difficultés respiratoires – ces professionnels ont continué à intervenir pour protéger les forêts, les habitations et les populations. Leur engagement a été salué, mais leur santé physique et mentale reste un sujet de préoccupation majeur.
Les sapeurs-pompiers sont moins bien protégés face aux feux de forêt que lors d’interventions en milieu urbain, comme un feu d’habitation. Les risques immédiats incluent des brûlures, une exposition à des températures extrêmes, une déshydratation sévère et des problèmes respiratoires dus à la fumée. Cette fumée contient des particules fines et des gaz toxiques, comme le monoxyde de carbone ou des composés organiques volatils, qui peuvent causer des irritations des yeux, de la gorge et des voies respiratoires. Les équipements de protection individuelle (EPI), comme les combinaisons ignifugées et les masques à ventilation assistée, sont essentiels, mais leur efficacité est limitée par la durée et l’intensité des feux. Par exemple, les pompiers doivent parfois travailler dans des zones où la température dépasse 50°C, ce qui augmente les risques de coups de chaleur ou d’épuisement.
Au-delà des blessures visibles, les sapeurs-pompiers encourent des risques sanitaires à long terme. L’exposition répétée à la fumée et aux particules fines peut favoriser l’apparition de maladies respiratoires chroniques, comme la bronchite ou l’asthme, ainsi que de cancers, notamment des poumons ou de la vessie. Les produits toxiques inhalés, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), sont des substances cancérigènes reconnues. De plus, le stress post-traumatique (SPT) et d’autres troubles psychologiques, comme l’anxiété ou la dépression, sont fréquents chez les pompiers ayant vécu des interventions traumatisantes. Ces risques sont aggravés par le manque de suivi médical systématique après les interventions, bien que des dispositifs de suivi existent.
Les sapeurs-pompiers bénéficient d’un suivi médical régulier, organisé par les services de santé des pompiers, qui inclut des visites médicales périodiques et des examens adaptés aux risques spécifiques de leur métier. Cependant, ce suivi est parfois insuffisant, notamment pour les pompiers volontaires, qui représentent une grande partie des effectifs. Sur le plan psychologique, des cellules d’écoute et des psychologues sont disponibles pour les aider à gérer le stress et les traumatismes. Pourtant, la stigmatisation autour des problèmes de santé mentale peut dissuader certains de solliciter de l’aide. Norbert Berginiat, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, souligne l’importance de renforcer ces dispositifs pour mieux protéger les intervenants.
Face à l’insuffisance des protections et des ressources, les sapeurs-pompiers ont déposé un préavis de grève effectif depuis mardi 12 septembre 2026. Leurs revendications portent sur plusieurs points : l’amélioration des équipements de protection, notamment pour les feux de forêt, le renforcement des effectifs et des moyens logistiques, ainsi que la mise en place d’un suivi médical et psychologique plus systématique. Ils dénoncent également des conditions de travail de plus en plus difficiles, avec des interventions répétées et des risques accrus en raison du changement climatique. Ce mouvement reflète leur épuisement et leur frustration face à un système qu’ils estiment ne pas assez les protéger.
La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), dirigée par Norbert Berginiat, joue un rôle central dans la défense des droits et des conditions de travail des pompiers. Elle est chargée de représenter les intérêts des sapeurs-pompiers auprès des institutions, de négocier avec les pouvoirs publics et de promouvoir des mesures pour améliorer leur sécurité et leur bien-être. La FNSPF milite notamment pour une meilleure reconnaissance des risques encourus par les pompiers, une augmentation des budgets alloués à leur protection et une harmonisation des pratiques entre les différents services départementaux. Elle met également en avant la nécessité d’un soutien psychologique renforcé et d’une meilleure formation aux risques spécifiques des feux de forêt.

