Comment l’Ukraine a discrètement repris le contrôle de plus de 700 km² de son territoire
Au cours d’une opération largement entourée de secret, l’armée ukrainienne a réalisé en six mois son avancée la plus importante depuis l’été 2023. L’article Comment l’Ukraine a discrètement repris le contrôle de plus de 700 km² de son territoire est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’armée ukrainienne a mené une opération secrète entre fin janvier et le 12 août 2026, reprenant le contrôle de 745 km² de territoire occupé par la Russie dans les régions de Dnipropetrovsk, Donetsk et Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine. Cette avancée, la plus importante depuis l’été 2023, a permis de libérer 26 villages et représente une surface équivalente à 92 % des gains territoriaux russes enregistrés sur les sept premiers mois de l’année (806 km²). Selon l’Institute for the Study of War (ISW), un groupe d’analystes militaires indépendant, l’étendue réelle de la zone reprise s’élèverait plutôt à 627 km². L’opération a été menée à un rythme moyen de 100 km² par mois, un rythme que l’armée russe n’a plus atteint depuis avril 2026.
Plusieurs facteurs ont contribué au succès de cette contre-offensive. D’abord, la déconnexion des terminaux Starlink utilisés illégalement par l’armée russe, quelques jours après le début de l’opération, a fortement dégradé ses capacités de communication. Ensuite, une campagne de frappes ukrainiennes ciblant les réseaux logistiques russes a affaibli leur organisation. La supériorité des drones ukrainiens, notamment pour le repérage et les frappes précises, ainsi qu’une meilleure planification opérationnelle ont également joué un rôle clé. Enfin, le secret entourant l’opération a évité d’attirer l’attention des forces russes, qui n’ont pu anticiper ni contrer efficacement l’avancée ukrainienne.
Contrairement aux habitudes des dernières années, où les combats étaient largement documentés en temps réel sur les réseaux sociaux et des plateformes comme Telegram, cette opération a été menée dans une relative opacité. L’Ukraine a limité les fuites pour ne pas alerter la Russie, tandis que Moscou a cherché à minimiser l’ampleur de ses pertes. Quelques heures après l’annonce officielle de la fin de la campagne, le groupe d’analystes ukrainiens DeepState, proche du ministère de la Défense, a confirmé en une seule fois la reprise de 19 villages, évitant ainsi de révéler progressivement l’avancée réelle des troupes. Cette discrétion a permis de surprendre les défenses russes.
Il reste incertain si cette contre-offensive était initialement prévue comme une opération d’envergure pour reprendre une large zone, ou si elle a évolué progressivement en exploitant des faiblesses ponctuelles des lignes russes. Selon l’analyste militaire Mick Ryan, il s’agit probablement d’une combinaison des deux approches. Cette opération montre que l’armée ukrainienne conserve la capacité de mener des offensives mécanisées en identifiant et en exploitant des brèches dans les dispositifs russes, tout en appliquant de nouvelles tactiques. Cependant, les pertes matérielles et humaines subies par l’Ukraine n’ont pas encore été évaluées.
Cette avancée offre plusieurs leçons stratégiques pour l’Ukraine. Elle démontre que ses forces armées sont encore capables de mener des opérations offensives de grande envergure, malgré les défis persistants. L’exploitation des failles dans les défenses russes et l’utilisation intensive de drones ont été déterminantes. Cependant, la répétition d’une opération similaire à court ou moyen terme semble peu probable, en raison des pertes subies et des ressources limitées. Cette contre-offensive illustre aussi l’importance de la planification, de la supériorité technologique et du renseignement pour compenser les déséquilibres de puissance militaire.

