«Enfin te voilà (Britney Spears)» : libérez Britney… et les autres femmes
Dans la pièce créée à l’Espace Go, la chanteuse pop devient un archétype féminin qui tente d’échapper au patriarcat..
La pièce Enfin te voilà (Britney Spears), créée à l’Espace Go à Montréal, réinvente la chanteuse pop Britney Spears à travers une fable théâtrale. L’autrice, Marie-Hélène Larose-Truchon, a été inspirée par des moments clés de la vie de Spears, comme son geste de se raser les cheveux en public en 2007, après avoir perdu la garde de ses enfants, pour reprendre le contrôle de son image. La pièce n’est pas un biopic (un film ou une pièce qui raconte la vie réelle d’une personne), mais une œuvre de fiction qui utilise l’univers de Britney Spears pour explorer des thèmes comme la liberté, la pression sociale et le patriarcat. La pièce est jouée du 22 septembre au 18 octobre 2023.
Dans la pièce, Britney Spears devient un symbole des contraintes imposées aux femmes dans la société. Marie-Hélène Larose-Truchon explique que Spears incarne le combat pour échapper aux attentes imposées aux femmes, comme être parfaite, souriante, ou ne pas prendre trop de place. La dramaturge cite l’essai Divas de Martine Delvaux pour illustrer ces pressions : les femmes ne doivent pas être trop visibles, trop en colère ou hors de contrôle. La pièce met en scène une Britney qui fuit un personnage masculin nommé l’Homme en noir, interprété par Guillaume Tremblay, qui symbolise le patriarcat, l’industrie musicale dominée par des hommes, et même le capitalisme. Ce personnage représente aussi la marchandisation des femmes, où leur valeur est constamment exploitée.
La pièce est composée d’une douzaine de tableaux où Britney, jouée par Sophie Cadieux, se transforme en différentes figures féminines comme la Vierge Marie, une soldate, une infirmière ou Marilyn Monroe. Ces changements de costumes et de perruques illustrent la mascarade (le fait de porter des masques sociaux pour se protéger) et la quête d’un ancrage identitaire. La mise en scène de Sébastien David transforme le spectacle en un thriller haletant (un genre de récit où le suspense est constant), comparé à des dessins animés comme Tom et Jerry ou Road Runner. Sophie Cadieux décrit son personnage comme un petit oiseau blessé toujours en hypervigilance, mais qui retrouve une puissance physique lors des moments de danse. La pièce intègre aussi des éléments esthétiques du concert pop, avec musique, lumières et chorégraphies, pour évoquer l’univers de Britney Spears.
La pièce aborde plusieurs thèmes liés aux injustices subies par les femmes. Marie-Hélène Larose-Truchon explique que la colère contre ces injustices a motivé l’écriture de la pièce, avec l’objectif de la sublimer par l’humour (la transformer en quelque chose de positif et constructif). La colère est présentée comme un outil pour pointer les inégalités systémiques. La pièce dénonce aussi la marchandisation des femmes, où leur image est constamment exploitée pour le profit. Cependant, l’autrice reconnaît que la pièce utilise elle-même l’image de Britney Spears pour transmettre son message, ce qui soulève une question : est-ce une forme d’instrumentalisation ? La réponse est nuancée, car la pièce tente de réapproprier cette image pour en faire une ode à la liberté.
La pièce a suscité un *BritneyFest*, un événement organisé par des fans de Britney Spears, composé de six activités comme des spectacles de *drag* (un art où des personnes s’habillent en travesti pour des performances théâtrales ou musicales), des projections de concerts et des lectures. Cet événement montre l’engouement des admirateurs pour l’univers de Britney Spears. Sophie Cadieux a même envoyé un message à la vraie Britney Spears via son compte Instagram pour lui expliquer que la pièce est une ode à la liberté et une marque de bienveillance. La pièce est une coproduction entre la compagnie Motto et l’Espace Go, et elle est saluée pour sa capacité à mêler ludisme et profondeur, en explorant les pressions sociales tout en restant accessible au public.

