Pour calmer El Niño, des climatologues veulent blanchir les nuages du Pacifique grâce à de fines particules de sel
El Niño revient cette année avec une vigueur qui inquiète les climatologues. Et si l'on pouvait non plus seulement le subir, mais brider sa puissance ? Le blanchiment des nuages, une piste encore expérimentale, pourrait affaiblir le phénomène en renvoyant une partie du soleil vers l'espace..
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit en moyenne tous les deux à sept ans dans l'océan Pacifique. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans cette zone, ce qui perturbe les courants marins et les vents à l'échelle mondiale. En 2024, ce phénomène revient avec une intensité particulièrement marquée, suscitant des craintes parmi les climatologues. Ces derniers observent une augmentation des températures océaniques de plusieurs degrés au-dessus des moyennes habituelles, ce qui peut entraîner des conséquences graves comme des sécheresses prolongées, des inondations ou des perturbations des écosystèmes marins. Par exemple, lors des épisodes précédents, comme en 2015-2016, les températures ont dépassé de 2 à 3 °C les normales saisonnières, provoquant des dégâts estimés à plus de 3 000 milliards de dollars dans le monde. Les scientifiques surveillent ce phénomène avec des outils comme les satellites et les bouées océaniques pour anticiper ses impacts.
Le blanchiment des nuages est une technique expérimentale proposée par des climatologues pour atténuer la puissance d'El Niño. L'idée consiste à injecter de fines particules de sel marin dans les nuages bas au-dessus du Pacifique, afin d'augmenter leur capacité à réfléchir la lumière du soleil. Ce phénomène est appelé albédo : plus un nuage est blanc et épais, plus il renvoie une grande partie du rayonnement solaire vers l'espace, limitant ainsi le réchauffement de la surface terrestre. Les particules de sel agissent comme des noyaux de condensation, favorisant la formation de gouttelettes d'eau plus nombreuses et plus petites, ce qui rend les nuages plus réfléchissants. Cette méthode s'inspire de processus naturels, comme ceux observés lors des éruptions volcaniques, où des cendres projetées dans l'atmosphère augmentent temporairement l'albédo des nuages. Cependant, cette approche reste controversée en raison de ses effets potentiels sur les précipitations et les écosystèmes locaux.
Le blanchiment des nuages n'en est qu'au stade de l'expérimentation et n'a pas encore été testé à grande échelle. Les chercheurs, comme ceux du Marine Cloud Brightening Project (MCBP) aux États-Unis, étudient actuellement les conditions nécessaires pour déployer cette technique de manière efficace et sûre. Ils soulignent que les simulations informatiques suggèrent une réduction possible de 1 à 2 °C des températures océaniques dans certaines zones du Pacifique, ce qui pourrait affaiblir El Niño. Cependant, les incertitudes sont nombreuses : l'impact sur les régimes de pluie, la dispersion des particules ou les effets à long terme sur la biodiversité marine restent mal connus. Par ailleurs, cette méthode soulève des questions éthiques et géopolitiques, notamment sur la gouvernance d'une telle intervention climatique. Les coûts estimés pour un déploiement à grande échelle pourraient atteindre plusieurs milliards de dollars, sans garantie de succès.
Bien que le blanchiment des nuages puisse sembler prometteur, il comporte des risques majeurs qui limitent son adoption. L'un des principaux dangers est la perturbation des régimes de précipitations, notamment dans les régions déjà vulnérables comme l'Asie du Sud-Est ou l'Australie, où El Niño aggrave déjà les sécheresses. Une modification artificielle des nuages pourrait aggraver ces déséquilibres, avec des conséquences imprévisibles sur l'agriculture et les populations locales. De plus, l'injection de particules de sel dans l'atmosphère pourrait altérer la composition chimique des nuages, avec des effets encore mal compris sur la qualité de l'air et la santé humaine. Enfin, cette technique ne traite pas la cause fondamentale du réchauffement climatique, à savoir les émissions de gaz à effet de serre. Elle ne serait donc qu'un outil temporaire, complémentaire aux efforts de réduction des émissions de CO₂, et non une solution miracle.

