La relève autochtone invitée au MAC pour explorer la mémoire
Marly Fontaine et Sierra Barber font partie des artistes invitées à une résidence au Musée d'art contemporain..
Le programme Habiter le MAC est une initiative du Musée d'art contemporain (MAC) de Montréal qui accueille des artistes émergents autochtones pour une résidence artistique de huit mois. Ce programme, lancé en 2024, propose un espace de création, du mentorat et un accompagnement professionnel sans obligation de résultat concret, comme une exposition finale. Il s'adresse à des artistes de la relève, définis ici comme des créateurs en début de carrière. La première cohorte, composée de six artistes d'origine innue et kanien'kehá:ka, a commencé sa résidence en juillet 2024 et la terminera en décembre 2024. Une nouvelle cohorte prendra alors le relais pour les huit mois suivants. Le musée, temporairement installé à Place Ville Marie jusqu'en 2028, mise sur ce programme pour favoriser le dialogue entre les artistes et le public, avec des ateliers et rencontres ouverts.
Parmi les artistes de la première cohorte figurent Marly Fontaine, d'origine innue et originaire de Uashat mak Mani-utenam, et Sierra Barber, d'origine kanien'kehá:ka et membre de la communauté des Six Nations de la rivière Grand en Ontario. Marly Fontaine, âgée de 37 ans, travaille sur un doctorat en arts et culture orale innue à l'Université du Québec en Outaouais (UQO). Son projet artistique explore la réalité des pensionnats autochtones, des institutions scolaires où des milliers d'enfants autochtones ont été placés de force par le gouvernement canadien entre la fin du 19e siècle et les années 1990. Elle utilise des symboles comme des ceintures de chasteté pour enfants, des sculptures de savon ou des tatouages de numéros de bande pour évoquer les violences subies. Sierra Barber, quant à elle, travaille le perlage et la peinture à l'huile, s'inspirant de l'héritage mohawk et de techniques artistiques traditionnelles. Elle utilise notamment des fraises comme symbole récurrent dans ses œuvres.
Les pensionnats autochtones étaient des écoles gérées par le gouvernement canadien et des institutions religieuses entre 1831 et 1996. Leur objectif officiel était d'assimiler les enfants autochtones à la culture euro-canadienne, mais ils ont été le théâtre de violences physiques, psychologiques et sexuelles systématiques. Environ 150 000 enfants autochtones ont été placés dans ces établissements, où ils étaient souvent séparés de leur famille et de leur langue maternelle. Les survivants de ces pensionnats, appelés survivants ou anciens élèves, portent encore aujourd'hui les séquelles de ces traumatismes. Marly Fontaine, qui a elle-même subi des abus dans son enfance, utilise son art pour sensibiliser le public à cette histoire et contribuer à sa propre guérison. Elle compare son vécu à celui des victimes de l'Holocauste, notamment en s'inspirant des numéros de matricule tatoués sur les déportés.
Le perlage est un art traditionnel autochtone qui consiste à assembler de petites perles colorées sur des supports comme le cuir, le tissu ou le bois pour créer des motifs décoratifs ou symboliques. Chez les Haudenosaunee (ou Iroquois), dont fait partie Sierra Barber, le perlage a une dimension culturelle profonde. À la fin du 19e siècle, les artisans mohawks ont développé un style de perlage destiné à un public touristique victorien, tout en y intégrant des symboles cachés pour préserver leur identité culturelle. Ces motifs, invisibles pour les acheteurs non autochtones, servaient de moyen de résistance face à l'assimilation forcée. Sierra Barber utilise le perlage en complément de la peinture à l'huile pour explorer sa mémoire familiale et collective, notamment à travers des symboles comme la fraise, qui évoque la vitalité et la résilience dans la culture mohawk.
Marly Fontaine et Sierra Barber accordent une grande importance au dialogue et à l'échange avec le public dans leur démarche artistique. Pour Marly Fontaine, les discussions qui suivent ses performances ou conférences sont essentielles, car elles permettent de transmettre des récits et de sensibiliser les gens à l'histoire des Autochtones. Elle rejette l'idée de vivre dans la colère, qu'elle considère comme un obstacle à la réconciliation. Son art devient ainsi un outil de guérison personnelle et collective. Sierra Barber, quant à elle, voit son travail comme une exploration de son identité et de son héritage, en mettant en lumière des histoires souvent invisibles. Les deux artistes participeront à des rencontres publiques, notamment le 22 juillet pour Marly Fontaine et le 2 décembre pour Sierra Barber, ainsi qu'à des ateliers de création et des journées portes ouvertes les 5 et 6 décembre 2024.
Le public est invité à découvrir les résidences des artistes et à participer à des événements organisés par le MAC. Les rencontres avec Marly Fontaine et Sierra Barber, ainsi que les ateliers de création, sont ouverts à tous. Ces activités visent à créer un lien entre les artistes et la communauté, tout en offrant une plateforme pour aborder des sujets complexes comme l'histoire des pensionnats autochtones ou la préservation des cultures autochtones. Les journées portes ouvertes, prévues les 5 et 6 décembre 2024, marqueront la fin de la résidence de la première cohorte. Le musée, situé temporairement à Place Ville Marie, reste accessible au public malgré sa réouverture prévue en 2028 dans ses locaux historiques.

