Retour en forêt de Fontainebleau, plus de deux mois après les incendies
Après la série de feux qui a ravagé 10 % du massif de Fontainebleau, l'Office national des forêts trie, récolte les bois, et organise la régénération naturelle de la forêt. Les 2 000 hectares brûlés sont donc pour longtemps interdits au public, qui doit réinventer son usage de la forêt..
En août 2026, des incendies ont ravagé 10% du massif forestier de Fontainebleau, soit environ 2 000 hectares. Ces feux ont détruit une partie importante de la végétation et rendu la zone dangereuse pour le public. Depuis la fin des incendies le 28 août 2026, l’Office national des forêts (ONF) intervient pour évaluer les dégâts et organiser la régénération naturelle de la forêt. La zone brûlée est désormais interdite d’accès pour une durée indéterminée afin de permettre à la nature de se rétablir et d’éviter les risques liés aux arbres morts encore debout.
L’ONF procède au tri des arbres calcinés dans les zones incendiées. Une abatteuse, engin spécialisé équipé d’un bras articulé et d’une scie, est utilisée pour abattre les arbres morts ou dangereux. Les troncs sont ensuite examinés : ceux dont le bois est noirci sur plus de deux mètres de haut sont condamnés et seront récoltés. En revanche, les arbres dont le cœur du tronc n’a pas été touché par le feu pourraient survivre et produire des graines pour régénérer la forêt. Juliette Faivre, directrice de l’agence ONF Île-de-France Est, souligne que ces arbres encore viables sont laissés sur place pour favoriser la repousse naturelle.
Les arbres dont le bois est encore utilisable sont récoltés pour être vendus, principalement pour des usages comme les emballages, les palettes ou la charpente. Nicolas Lequivard, responsable du service bois à l’ONF, indique que la plupart des troncs ne sont brûlés que sur 2 à 3 centimètres d’épaisseur, ce qui permet leur récupération. Cependant, le marché du bois est actuellement saturé en raison des nombreux incendies de l’été 2026. L’ONF doit donc réguler la mise en vente de ces bois pour éviter une chute des prix. Les arbres trop abîmés resteront sur place pour se décomposer et enrichir le sol en matière organique, ce qui favorisera la régénération de la forêt.
La nature commence déjà à reprendre ses droits dans les zones incendiées. Des repousses de fougères et de jeunes chênes percent la terre calcinée, signe que la forêt se régénère naturellement. Alexandre Butin, responsable adjoint de l’unité ONF, explique que l’objectif est de laisser la dynamique naturelle s’exprimer, y compris pour les fougères, afin de sélectionner les essences les plus résistantes aux incendies. Cependant, il faudra attendre au moins 80 ans pour retrouver une forêt similaire à celle d’avant les incendies. Pendant cette période, l’accès au public reste interdit dans les zones concernées.
La forêt de Fontainebleau est un site mondialement connu pour l’escalade, avec 4 millions de grimpeurs visitant le massif chaque année. Les incendies ont fermé près de la moitié des sites d’escalade, ce qui a poussé les associations comme le COSIROC et Respect’Bleau à repenser l’organisation des parcours. Gaëtane Potard, secrétaire de Respect’Bleau, explique que des circuits d’escalade sont en cours de rénovation dans des zones moins fréquentées pour désengorger les sites restants. Caroline Sino, grimpeuse emblématique, souligne que les pratiques ont évolué avec les réseaux sociaux, où les grimpeurs privilégient désormais des projets ciblés plutôt que des circuits traditionnels.
Sophie David, responsable du service environnement et accueil du public à l’ONF, rappelle que 6 feux sur 10 sont liés à une imprudence humaine. Elle insiste sur la nécessité d’une prise de conscience collective pour réduire les risques d’incendie. Les usagers sont invités à adopter un comportement responsable en forêt, comme éviter les feux de bivouac ou de fumer, et à respecter les interdictions d’accès aux zones brûlées. L’objectif est de faire comprendre que chaque visiteur doit se considérer comme un invité dans la nature, et non comme un consommateur, afin de préserver la forêt pour les générations futures.

