Présidentielle : les électeurs sont-ils perdus ?
Déboussolés, les électeurs ? Pas tant que ça. Terra Nova et Cluster 17 publient une étude inédite.
Contrairement à l'idée d'un électorat totalement déboussolé, une étude récente montre que 80 % des Français restent ancrés dans un univers partisan, c'est-à-dire un groupe de valeurs et d'idées politiques cohérent. Cela signifie que la plupart des électeurs ont déjà une préférence politique claire ou hésitent entre des options limitées, comme entre le Parti Socialiste et les écologistes, ou entre le Rassemblement National et Les Républicains. Cette stabilité relative contraste avec l'image d'un électorat flottant ou indécis. L'étude, menée par l'institut Cluster 17 pour le groupe de réflexion Terra Nova, révèle que les électeurs ne vagabondent pas au hasard dans le paysage politique, mais restent généralement dans une zone géographique idéologique bien définie.
L'étude identifie cinq grands bassins politiques en France, chacun représentant un ensemble de valeurs partagées par les électeurs. Le bassin le plus important est celui de la droite nationaliste, avec 27 % des sondés. Viennent ensuite trois bassins de taille similaire : la droite libérale conservatrice (18 %), le centre (18 %) et la gauche radicale (18 %). Enfin, la gauche sociale-écologiste représente 17 % des électeurs. Ces bassins ne sont pas des partis politiques, mais des groupes d'électeurs aux idées proches. Entre ces bassins, des électeurs peuvent migrer, mais ces déplacements restent limités et n'effacent pas les frontières idéologiques. Par exemple, un électeur du centre peut voter pour un candidat de droite libérale, mais rarement pour un candidat de gauche radicale.
Selon l'enquête, Marine Le Pen serait élue présidente dans tous les scénarios possibles, ce qui en fait la candidate la moins rejetée par les électeurs. En 2022, elle était la candidate la plus mal perçue par les Français, mais sa position a évolué. Aujourd'hui, elle n'est ni plus ni moins rejetée que ses concurrents, voire moins. Cette évolution s'explique par un paysage politique très polarisé, où les candidats sont tous critiqués, mais où certains, comme Le Pen, bénéficient d'une base électorale solide et fidèle. Cependant, cette situation peut changer avec le début de la campagne électorale, prévue pour le 18 avril 2027.
Les autres candidats majeurs rencontrent des obstacles spécifiques pour élargir leur électorat. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, dispose d'un ancrage très fort à gauche radicale, mais peine à attirer des électeurs en dehors de cette zone. Raphaël Glucksmann, candidat du centre, peut gagner des voix modérées, mais manque de soutien dans la gauche radicale. Édouard Philippe, figure de la droite libérale, attire un électorat large, mais pas suffisamment pour l'emporter sans le soutien d'autres groupes. Ces exemples illustrent la difficulté de chaque candidat à consolider son socle tout en élargissant son électorat, un défi classique en période électorale, mais encore plus marqué cette fois-ci.
Les sondages publiés en septembre 2026, comme celui de Cluster 17, doivent être interprétés avec prudence. Réalisés sept mois avant le premier tour de la présidentielle, leur valeur prédictive est faible, car les intentions de vote évoluent souvent avec l'actualité et les débats. L'étude mentionnée repose sur un échantillon de 1 506 personnes interrogées en juillet 2026, selon la méthode des quotas, c'est-à-dire une méthode statistique visant à reproduire la diversité de la population française. Cependant, ces données ne garantissent pas une prédiction exacte du résultat final, car les électeurs peuvent changer d'avis en fonction des événements à venir.

