Budget 2027 : qui va payer l', austérité imposée par le gouvernement ?
Le gouvernement prétend faire « partager l’effort budgétaire ». Mais entre ponctions sur la Sécu, gel des prestations sociales ou maintien des privilèges fiscaux, il ne ressert en réalité que de vieilles recettes..
Le gouvernement français prévoit un effort budgétaire de 43 milliards d’euros pour 2027, visant à réduire le déficit public. Selon le ministre des Comptes publics David Amiel, cet effort serait partagé entre les différents acteurs de l’économie. Cependant, les mesures annoncées semblent déséquilibrées. Les prestations sociales comme les aides au logement, les allocations familiales ou la prime d’activité seront gelées en 2027, ce qui affectera davantage les ménages modestes. Le déficit de la Sécurité sociale (branches maladie, vieillesse, famille, autonomie et accidents du travail) doit passer de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards en 2027, malgré un vieillissement de la population et une hausse des maladies chroniques qui augmentent naturellement les dépenses. Le gouvernement évoque une recherche d’efficacité via des KPI (indicateurs clés de performance), mais sans remettre en cause des dispositifs fiscaux coûteux comme le crédit impôt recherche (CIR) ou le pacte Dutreil, jugés peu efficaces.
Les retraités seront particulièrement concernés par les mesures d’austérité. Seules les pensions inférieures à 1 260 euros par mois seront revalorisées au rythme de l’inflation. Au-delà, les pensions pourraient être partiellement ou totalement gelées, avec une progressivité envisagée pour les revenus entre 1 260 et 2 000 euros. Cette mesure vise à économiser 4 milliards d’euros, mais elle impactera 64 % des retraités, dont les pensions brutes totales dépassent 1 200 euros, et non uniquement les 28,4 % percevant plus de 2 000 euros. Le gouvernement prévoit aussi de réduire l’abattement fiscal de 10 % pour les retraités, passant de 4 439 euros à 3 000 euros, ce qui rapportera 1,4 milliard d’euros. Les négociations sur la part complémentaire des retraites (Agirc-Arrco) restent en cours.
Les salariés en rupture conventionnelle verront leurs allocations réduites : 15 mois maximum pour les moins de 55 ans (contre 18 mois précédemment) et 20,5 mois pour les 55 ans et plus (contre 27 mois). De plus, la fiscalité sur ces indemnités sera alignée sur celle des licenciements et des mises à la retraite, avec des plafonds harmonisés à 50 000 euros, contre près de 300 000 euros auparavant. Cette mesure devrait rapporter 800 millions d’euros, mais elle vise surtout les salariés en position de faiblesse, sans cibler les inégalités salariales ou le patrimoine des plus aisés. Le gouvernement privilégie ainsi la taxation des revenus du travail plutôt que celle du capital.
Le budget de la Sécurité sociale prévoit une hausse de seulement 2 % de l’Ondam (Objectif national des dépenses d’assurance maladie), soit 5,5 milliards d’euros, légèrement au-dessus de l’inflation (1,8 %). Les hôpitaux et Ehpad bénéficieront de hausses de 3 % et 3,3 %, mais cela reste insuffisant pour compenser l’inflation et les retards accumulés, notamment après le Ségur de la santé. Le gouvernement utilise des décrets pour réduire indirectement les dépenses, comme le transfert de 1,2 milliard d’euros de la Sécurité sociale vers les complémentaires santé pour les soins dentaires, les médicaments ou les dispositifs médicaux. Les franchises médicales et les participations forfaitaires ont aussi été augmentées, faisant payer directement les malades. Enfin, la durée maximale des indemnités journalières pour les arrêts maladie longue durée est réduite de 3 ans à 1 an, économisant 100 millions d’euros.
Le gouvernement réduit certaines exonérations de cotisations sociales pour les entreprises, une mesure technique mais rentable : 3,7 milliards d’euros seront récupérés en 2027. Il s’agit de réintégrer les dispositifs d’épargne salariale (intéressement, participation) dans le calcul des exonérations, mettant fin à un avantage fiscal avantageux pour les employeurs. Cependant, les grandes entreprises et les ultrariches restent largement préservés. La surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, qui rapportait 7 milliards en 2026, ne rapportera plus que 5 milliards en 2027. Certaines taxes ciblent des secteurs spécifiques, comme une hausse de la TVA sur la télévision payante (400 millions d’euros) ou une taxation accrue des concessionnaires d’autoroutes et d’aéroports (800 millions d’euros). Les niches fiscales comme le crédit impôt recherche (CIR) ou le pacte Dutreil sont maintenues, malgré leur faible efficacité.
Les ultrariches ne contribueront que marginalement à l’effort budgétaire. Leur seule mesure spécifique est la *contribution différentielle sur les hauts revenus* (CDHR), créée en 2025, qui vise à s’assurer que les plus aisés paient au moins 20 % d’impôts sur leurs revenus. En 2027, elle ne rapportera que 600 millions d’euros, car les ultrariches contournent cet impôt via des holdings. Par ailleurs, le budget prévoit un allègement de l’imposition sur les donations familiales, une mesure qui bénéficiera principalement aux ménages les plus aisés. Malgré l’austérité annoncée, les grandes fortunes et les entreprises restent donc relativement épargnées.

