Un site archéologique marocain qui réécrit l’histoire du Maghreb… Ce que nous apprend la découverte d’un ancien rempart
L’ESSENTIEL Oued Beht, au Maroc, abritait un important centre agricole et artisanal dès le Néolithique. Le rempart vieux de 4 000 ans mis au jour révèle une société complexe et organisée.
Oued Beht est un site archéologique situé dans les collines du nord-ouest du Maroc, près du fleuve du même nom. Ce lieu, aujourd’hui méconnu, abrite des vestiges qui révèlent une histoire bien plus ancienne et complexe que ce que l’on imaginait. Les fouilles menées sur place ont permis de découvrir des traces d’occupation humaine remontant à environ 5 400 ans, ce qui correspond à la fin du Néolithique (période de transition entre la chasse-cueillette et l’agriculture, vers 10 000 à 3 000 av. J.-C.). Les chercheurs ont mis au jour ce qui pourrait être le plus ancien et le plus vaste complexe agricole jamais identifié en Afrique, en dehors de la vallée du Nil. Ce site illustre l’émergence précoce de communautés organisées, capables de transformer leur environnement pour cultiver des céréales comme l’orge et le blé, et d’élever du bétail. Ces découvertes remettent en question l’idée d’un Maghreb isolé, en montrant qu’il participait activement aux dynamiques méditerranéennes dès cette époque.
En 2023, des fouilles ont révélé la présence d’un rempart défensif construit il y a environ 4 000 à 3 500 ans, soit à l’âge du bronze (période caractérisée par l’utilisation du bronze pour fabriquer des outils et des armes, vers 3 300 à 1 200 av. J.-C.). Cette structure, composée d’un mur, d’un rempart et d’un fossé, est la plus ancienne construction défensive connue en Afrique du Nord, en dehors de l’Égypte. Elle témoigne d’une société organisée, capable de mobiliser une main-d’œuvre importante pour des projets d’envergure. Les archéologues ignorent encore si ce rempart servait à se protéger d’attaques extérieures ou à affirmer le contrôle d’un territoire stratégique. Sa construction suggère une compétition accrue pour l’accès aux ressources, comme les terres agricoles ou les voies de circulation. Cette découverte montre que les communautés du Maghreb étaient bien plus structurées qu’on ne le pensait, avec une architecture planifiée et des hiérarchies sociales marquées.
Oued Beht n’était pas seulement un lieu agricole, mais aussi un important centre de production artisanale. Les fouilles ont permis de découvrir des milliers d’outils en pierre polie, comme des haches, ainsi que des poteries finement décorées, parfois ornées de motifs peints. Ces artefacts indiquent que les habitants maîtrisaient des techniques avancées pour l’époque, comme le polissage de la pierre ou la fabrication de céramiques. Le site pourrait avoir servi de lieu de rassemblement saisonnier ou de village permanent, mais son rôle exact reste à préciser. Ces productions artisanales montrent que les communautés locales participaient à des échanges au sein de vastes réseaux méditerranéens, notamment avec la péninsule Ibérique. Cette intégration confirme que le Maghreb n’était pas en marge des grandes évolutions de l’époque, mais bien connecté aux autres régions de la Méditerranée occidentale.
Les découvertes d’Oued Beht s’inscrivent dans un contexte méditerranéen plus large. Au IIe millénaire avant notre ère, des sociétés comme celles de la culture argarique (2 200 à 1 550 av. J.-C.), en Espagne actuelle, développaient des habitats fortifiés et une métallurgie avancée, notamment pour produire du bronze. Les similitudes entre ces régions suggèrent des échanges culturels, économiques ou technologiques. Les communautés d’Afrique du Nord-Ouest, dont celles d’Oued Beht, partageaient probablement des savoir-faire et des ressources avec leurs voisins européens. Cette intégration montre que le Maghreb n’était pas isolé, mais bien intégré aux dynamiques qui façonnaient la Méditerranée à cette époque. Les remparts et les outils découverts à Oued Beht reflètent ces interactions, révélant une région en pleine mutation sociale et économique.
Le site d’Oued Beht n’a pas été occupé uniquement à la préhistoire. Entre le XIe et le XIIIe siècle, soit bien plus tard, le promontoire a été réinvesti par de nouvelles communautés. Les archéologues ont retrouvé les traces d’un hameau ou d’une ferme établie sur une colline voisine, ainsi qu’un cimetière aménagé entre les deux zones. Ces vestiges médiévaux montrent que le lieu a conservé une importance stratégique pendant des millénaires. Cette réoccupation illustre la continuité d’occupation humaine dans la région, malgré les changements politiques et sociaux. Oued Beht devient ainsi un exemple rare de site archéologique couvrant à la fois la préhistoire et le Moyen Âge, offrant un aperçu unique de l’évolution des sociétés rurales en Afrique du Nord.
Les découvertes d’Oued Beht bousculent les idées reçues sur l’histoire ancienne du Maghreb. Pendant longtemps, cette région a été considérée comme en marge des grandes civilisations méditerranéennes, avec des données archéologiques fragmentaires. Les fouilles récentes, notamment celles menées en 2023, révèlent une société bien plus complexe et organisée qu’on ne le pensait. Le rempart de 4 000 ans, les outils artisanaux et les traces d’agriculture montrent que les communautés locales étaient capables de projets collectifs ambitieux et participaient aux échanges méditerranéens. Ces résultats soulignent l’importance de poursuivre les recherches en Afrique du Nord, où de nombreux sites restent à explorer. Oued Beht pourrait devenir une référence pour comprendre comment les sociétés du Maghreb ont évolué, des premières communautés agricoles aux sociétés médiévales, en passant par des périodes de forte organisation sociale et défensive.

