Tim Spector, spécialiste du microbiote intestinal : « Les consommateurs de café ont un microbiome intestinal plus diversifié que les non-consommateurs de café. »
Longtemps soupçonné de nuire au cœur, le café bénéficie aujourd’hui d’un regard bien plus favorable de la recherche. Des scientifiques ont même découvert qu’il favorise le développement d’une bactérie intestinale associée à une meilleure santé.
Une étude publiée en novembre 2024 dans la revue Nature Microbiology par des chercheurs de l’université de Trente et du consortium ZOE révèle que les consommateurs de café abritent six à huit fois plus de Lawsonibacter asaccharolyticus, une bactérie intestinale spécifique. Cette découverte s’appuie sur l’analyse de données recueillies auprès de plus de 22 000 personnes réparties dans 25 pays, ce qui renforce la validité des résultats à l’échelle mondiale. Le café est ainsi l’aliment le plus étroitement associé à la présence de ce microbe dans le microbiote intestinal. Cependant, les chercheurs précisent que ces observations établissent un lien statistique et non une relation de cause à effet directe. Le microbiote désigne l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, champignons) présents dans notre intestin, souvent appelé « deuxième cerveau » en raison de son rôle clé dans la digestion, l’immunité et même l’humeur.
Les amateurs de café présentent un microbiote intestinal globalement plus varié que les non-consommateurs. Cette diversité est généralement considérée comme un indicateur de bonne santé, car un microbiote riche en différentes espèces microbiennes est associé à une meilleure résistance aux maladies, à une digestion optimisée et à un système immunitaire renforcé. En laboratoire, les scientifiques ont observé que la bactérie Lawsonibacter asaccharolyticus se multiplie plus rapidement dès qu’on ajoute du café à son environnement de culture, suggérant que la boisson favorise directement sa prolifération. Ces effets sont observés de manière cohérente dans des cohortes américaines et européennes, ce qui écarte l’hypothèse d’une influence liée à des habitudes alimentaires locales.
Le café agit sur le microbiote intestinal principalement grâce à deux composants : ses fibres solubles et ses polyphénols. Une tasse de café filtre apporte environ 1,5 gramme de fibres solubles, une quantité comparable à celle d’une mandarine. Ces fibres servent de nourriture aux bactéries du côlon, qui les fermentent et libèrent des composés bénéfiques pour la paroi intestinale. Les polyphénols, quant à eux, sont des antioxydants d’origine végétale qui réduisent l’inflammation et le stress oxydatif dans l’organisme. Cependant, l’ajout de lait au café diminue l’efficacité des polyphénols, car ces derniers se lient aux protéines laitières, limitant ainsi leurs effets. Le café légèrement fermenté, comme certains cafés artisanaux, peut également apporter des micro-organismes supplémentaires et des arômes complexes, ce qui en fait, selon Tim Spector, une boisson aussi favorable que le thé vert ou le matcha pour la santé.
Tim Spector, spécialiste du microbiote intestinal, recommande une consommation de deux à quatre tasses de café par jour pour en tirer les bienfaits. Cette quantité est associée à une réduction de 15 % du risque de maladies cardiaques, contrairement aux idées reçues des années 1980 où le café était considéré comme nocif pour le cœur. À court terme, le café améliore la concentration, l’humeur et le niveau d’énergie, tandis qu’à long terme, il est lié à une incidence plus faible de maladies neurodégénératives comme Alzheimer et Parkinson, ainsi qu’à une réduction des risques de cancers du foie et du sein. Ces effets bénéfiques sont observés même avec du café décaféiné, ce qui indique que la caféine n’est pas responsable des avantages pour la santé. Les bienfaits proviennent donc des composés du café autres que la caféine, comme les polyphénols et les fibres.

