De Parkinson au fantassin : naviguer sans GPS
Et si nos téléphones pouvaient nous localiser sans GPS ? Dans un bâtiment, un tunnel ou une zone brouillée, une technologie française reconstitue les mouvements avec des capteurs pour continuer à savoir précisément où l’on se trouve..
Dans certains environnements comme les bâtiments, les tunnels ou les zones où le signal GPS est brouillé ou inexistant, les systèmes de navigation classiques deviennent inutilisables. C'est le cas pour les pompiers en intervention, les fantassins en opération ou les personnes atteintes de la maladie de Parkinson qui peuvent perdre leurs repères spatiaux. Une technologie française, développée par la société Sysnav, propose une alternative en reconstituant les mouvements à partir de capteurs embarqués. Contrairement au GPS qui dépend de satellites, cette solution utilise des accéléromètres et des gyroscopes pour calculer la position en temps réel, même sans signal externe. Ces capteurs mesurent les accélérations et les rotations du corps ou d'un objet, permettant de suivre un déplacement avec une précision de l'ordre du mètre.
La technologie repose sur des capteurs miniatures, similaires à ceux utilisés dans les smartphones ou les drones, mais optimisés pour une utilisation en conditions extrêmes. David Vissière, pilote de chasse et président de Sysnav, explique que ces capteurs enregistrent en continu les mouvements et les transmettent à un algorithme de calcul. Celui-ci corrige les erreurs accumulées grâce à des modèles mathématiques avancés, comme le filtre de Kalman, une méthode statistique qui affine la position en combinant les données des capteurs avec des hypothèses sur les mouvements humains ou mécaniques. Cette approche est déjà testée dans des environnements militaires et médicaux, où la fiabilité est cruciale.
Dans le domaine militaire, cette innovation pourrait révolutionner la navigation des fantassins en zone urbaine ou en milieu souterrain, où les signaux GPS sont souvent brouillés par l'ennemi. Sysnav collabore avec des armées pour intégrer ses capteurs dans des équipements portables ou des véhicules. L'avantage est double : éviter la dépendance aux satellites, vulnérables aux attaques, et fournir une localisation précise même dans des conditions hostiles. David Vissière souligne que cette technologie pourrait aussi équiper des drones ou des robots pour des missions de reconnaissance ou de sauvetage. Les tests en conditions réelles ont montré une marge d'erreur inférieure à 1 % sur des parcours de plusieurs kilomètres.
Pour les patients atteints de la maladie de Parkinson, cette technologie offre une solution aux troubles de l'équilibre et de la marche, fréquents dans cette pathologie. Les capteurs peuvent être intégrés dans des semelles, des ceintures ou des montres connectées pour analyser les mouvements et alerter en cas de chute ou de perte d'équilibre. Marguerite Catton, productrice de l'émission, précise que ces dispositifs pourraient aussi aider à évaluer l'efficacité des traitements ou à adapter la rééducation. Contrairement aux systèmes existants qui se limitent souvent à des alertes basiques, cette solution fournit des données quantifiables sur la stabilité et la mobilité, utiles pour les médecins et les kinésithérapeutes.
Sysnav, fondée en 2011, est une start-up française spécialisée dans les systèmes de navigation inertielle, une technologie initialement développée pour l'aéronautique et l'espace. Aujourd'hui, l'entreprise diversifie ses applications vers des secteurs civils et médicaux, avec un chiffre d'affaires en croissance de 20 % par an depuis 2020. David Vissière indique que les prochaines étapes incluent l'intégration de l'intelligence artificielle pour prédire les mouvements et réduire encore les erreurs de positionnement. À terme, cette technologie pourrait équiper des smartphones, des véhicules autonomes ou même des robots industriels, rendant la navigation sans GPS accessible au grand public.

