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Généraliste

Quand le potager de l’Europe génère des crises humanitaires et environnementales

ICI Radio-Canada · mis à jour 7 sept.

En Andalousie, la production maraîchère à grande échelle a plusieurs faces cachées..

Mer de plastique en Andalousie

Dans la région d'Almería, au sud de l'Espagne, s'étend une immense étendue de serres recouvertes de bâches de plastique, surnommée la mer de plastique ou le potager de l'Europe. Cette zone couvre 33 000 hectares, soit l'équivalent de 44 000 terrains de soccer. Elle produit 4 millions de tonnes de fruits et légumes par an, principalement des tomates, concombres et pastèques, vendus dans toute l'Europe. Ces serres permettent de cultiver toute l'année malgré un climat aride, où il ne pleut en moyenne que 54 jours par an. La concentration de ces serres est si élevée qu'elle est visible depuis l'espace par les outils d'observation de la NASA, à des dizaines de kilomètres d'altitude. Cette région génère un chiffre d'affaires annuel de 7 milliards de dollars canadiens et emploie 100 000 personnes.

Bidonvilles et exploitation

Autour des serres, une quarantaine de bidonvilles abritent environ 3 500 migrants sans papiers, vivant dans des conditions insalubres sans accès à l'eau ni à l'électricité. Ces travailleurs, souvent originaires du Maroc, sont embauchés par des producteurs maraîchers qui les paient seulement 5 € de l'heure (soit environ 8 $ CA), sans contrat ni protection sociale. Rachid, un migrant marocain, explique vivre au jour le jour dans le bidonville de Najar depuis cinq ans, sans espoir de régularisation. Abdelkarim, un autre migrant, a quitté le Maroc dans l'espoir d'une vie meilleure mais a subi des abus de travail, comme des pressions pour travailler plus vite sous peine d'être remplacé. Après deux ans de travail dans ces conditions, il a finalement obtenu ses papiers grâce à l'aide de la Casa Arrupe, une maison de jésuites devenue un refuge pour les migrants.

Droits des travailleurs contestés

Joaqui, du Service jésuite des migrants d'Almería, souligne que de nombreux migrants arrivent en Espagne avec l'espoir d'une vie meilleure, mais se retrouvent confrontés à des conditions de travail extrêmement injustes et inhumaines. Antonio Moreno, un agriculteur en serres, défend l'industrie en affirmant n'employer que des travailleurs réguliers et en offrant des salaires décents. Selon lui, les bidonvilles ne représentent qu'un infime pourcentage des travailleurs de la région, mais bénéficient d'une visibilité disproportionnée. La COAG Almería, qui regroupe des agriculteurs et éleveurs, précise que près de 80 000 personnes travaillent sous contrat dans des conditions conformes à la réglementation, bien que des abus persistent.

Ce que ça pourrait changer

La *mer de plastique* a aussi engendré un problème environnemental majeur : la désertification. Dans cette région très aride, l'exploitation intensive des ressources en eau pour irriguer les cultures sous serre a accéléré l'assèchement des sols. Les serres, qui couvrent une superficie équivalente à celle de 44 000 terrains de soccer, ont transformé des paysages autrefois secs mais stables en zones encore plus arides. Cette désertification menace la biodiversité locale et réduit la disponibilité des ressources naturelles, posant un défi écologique à long terme pour la région d'Almería.

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