Au procès Nord Stream, l’avocat de l’accusé plaide que les gazoducs étaient une «arme» de la Russie
Serguiï Kuznietsov, ex-commandant de l’armée ukrainienne, est accusé d’avoir participé au sabotage du gazoduc en 2022..
En octobre 2026, un procès s’ouvre en Allemagne contre Serguiï Kuznietsov, un ex-officier ukrainien de 50 ans, accusé d’avoir organisé le sabotage des gazoducs Nord Stream en septembre 2022. Ces infrastructures, reliant la Russie à l’Allemagne sous la mer Baltique, étaient des symboles de la dépendance énergétique européenne envers la Russie avant la guerre en Ukraine. L’accusation allemande le présente comme ayant élaboré, à la demande des autorités ukrainiennes, un plan pour détruire ces gazoducs, qualifiés de crime de guerre car ils ciblaient des infrastructures civiles. Le procureur Stefan Schmidt souligne que Kuznietsov a utilisé des moyens militaires pour attaquer ces installations. Si reconnu coupable, il risque plusieurs années de prison.
L’avocat de Kuznietsov, Nicola Canestrini, plaide que les gazoducs Nord Stream étaient une arme politique et économique de la Russie, justifiant ainsi l’action de son client. Il souligne que Kuznietsov, en tant qu’officier, est soumis à un devoir de réserve et ne peut s’exprimer librement sur l’affaire, ce qui limite sa défense. L’avocat accuse également la Russie de commettre des crimes de guerre dans le conflit ukrainien et reproche à Gazprom, le géant russe du gaz, d’y contribuer. L’Ukraine, de son côté, dément toute implication dans le sabotage mais considère légitime toute action visant à affaiblir la capacité financière de la Russie à poursuivre la guerre.
Avant l’invasion de l’Ukraine en février 2022, l’Europe, et notamment l’Allemagne, dépendait fortement des hydrocarbures russes, en particulier du gaz naturel. Les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 étaient au cœur de cette dépendance. Après l’invasion, l’Allemagne a cherché à réduire cette dépendance pour affaiblir l’économie russe et limiter sa capacité à financer la guerre. Nord Stream 1 avait déjà été suspendu par la Russie en réponse aux sanctions occidentales, tandis que Nord Stream 2, terminé mais jamais mis en service, a également été ciblé. Les explosions du 26 septembre 2022 ont eu lieu alors que les gazoducs ne transportaient plus de gaz.
Selon l’enquête allemande, Kuznietsov dirigeait un commando composé de plongeurs professionnels, d’un artificier et d’un skipper. Il serait entré en Allemagne en septembre 2022 avec un faux passeport ukrainien, après être passé par la Pologne. Le groupe aurait loué un voilier à Rostock, un port de la mer Baltique, pour acheminer un explosif militaire jusqu’à l’île danoise de Bornholm. Des charges à retardement y ont été fixées sur les gazoducs avant d’exploser. Kuznietsov a été arrêté en août 2025 en Italie, où il passait des vacances avec sa famille, puis extradé en Allemagne le mois suivant.
L’affaire est délicate pour l’Allemagne, premier soutien militaire de l’Ukraine, qui se dit régulièrement victime d’actes de sabotage et d’espionnage russes. Officiellement, le gouvernement allemand insiste sur la séparation des pouvoirs et ne commente pas l’affaire. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré que la position de l’Ukraine, selon laquelle le sabotage n’a pas été initié par l’État ukrainien, était déterminante pour lui. Une haute responsable ukrainienne a indiqué n’avoir « aucune attente particulière » de ce procès, tandis que le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a exprimé l’espoir d’une « procédure objective ». La prochaine audience est prévue pour le 27 octobre 2026, avec plusieurs autres jusqu’en février 2027.
Après les explosions de septembre 2022, plusieurs pistes avaient été évoquées quant à l’identité du commanditaire du sabotage. Parmi elles figuraient la Russie elle-même, les États-Unis et l’Ukraine. C’est finalement cette dernière qui a été accusée par la justice allemande en juillet 2026. Les gazoducs ne transportaient plus de gaz à ce moment-là, car la Russie avait déjà suspendu les livraisons via *Nord Stream 1* en réponse aux sanctions occidentales. *Nord Stream 2*, bien que terminé, n’avait jamais été mis en service. Cette affaire illustre les tensions persistantes entre l’Europe et la Russie, ainsi que les enjeux stratégiques liés à l’énergie dans le conflit ukrainien.

