☕️ Le CERN va migrer ses ordinateurs industriels de Red Hat vers Debian 13
L’Organisation européenne pour la recherche nucléaire utilise Linux pour ses besoins depuis longtemps. Dès les années 1990, le CERN s’était créé sa propre distribution en se basant sur Red Hat.
Le CERN, Organisation européenne pour la recherche nucléaire, utilise le système d'exploitation Linux depuis les années 1990 pour ses besoins informatiques. À l'origine, le laboratoire a créé sa propre distribution basée sur Red Hat, un système d'exploitation open source largement utilisé dans le monde professionnel. En 2004, le CERN s'est associé au Fermilab, un laboratoire américain, pour développer Scientific Linux, une autre distribution dérivée de Red Hat. Cette collaboration a permis de mutualiser les efforts de maintenance et de support. En 2015, le CERN a commencé à migrer ses systèmes vers CentOS, une distribution gratuite et compatible avec Red Hat, souvent utilisée pour les serveurs et les environnements de production.
En 2022, Red Hat a annoncé la fin de CentOS au profit de CentOS Stream, une version en développement continu moins adaptée aux environnements stables. Cette décision a été mal accueillie par la communauté, car elle imposait des mises à jour fréquentes et moins prévisibles. Le CERN a alors choisi de migrer vers AlmaLinux, une distribution open source compatible avec Red Hat, conçue pour offrir une alternative stable et durable. AlmaLinux a été perçue comme une solution temporaire en attendant une décision plus définitive.
Le CERN a finalement décidé de se détourner de Red Hat en raison d'une contrainte technique imposée par les nouvelles versions de Red Hat Enterprise Linux (RHEL). Depuis RHEL 9, Red Hat a introduit une obligation de compiler les logiciels avec un niveau d'instructions processeur spécifique, appelé -march=x86-64-v2. Ce niveau correspond à un ensemble de fonctionnalités matérielles que doivent supporter les processeurs. Par exemple, le niveau v2 inclut les instructions SSE 4.2, utilisées pour accélérer certains calculs. Le CERN a jugé cette obligation comme une forme d'obsolescence forcée, car elle excluait les matériels plus anciens, encore fonctionnels mais incapables de supporter ces nouvelles instructions.
La classification des niveaux d'instructions processeur a été fortement critiquée par Linus Torvalds, créateur du noyau Linux, en fin d'année 2024. Il a qualifié cette approche de stupide, car elle donne l'impression que les jeux d'instructions évoluent de manière linéaire et progressive. En réalité, ces niveaux sont des regroupements artificiels qui ne reflètent pas nécessairement une amélioration continue des performances. Torvalds a souligné que cette méthode pouvait exclure des matériels parfaitement fonctionnels, simplement parce qu'ils ne supportent pas les dernières instructions, sans que cela n'impacte leur capacité à exécuter les tâches nécessaires.
Face à ces contraintes, le CERN a annoncé lors de la conférence *MiniDebConf* une transition vers *Debian 13*, une distribution open source réputée pour sa stabilité et sa flexibilité. Cette migration concerne 2 200 ordinateurs industriels et systèmes embarqués utilisés pour le contrôle des accélérateurs de particules. Le laboratoire vise une transition complète d'ici la fin de l'année 2026. Debian 13 a été choisie pour son absence de contraintes similaires sur les niveaux d'instructions processeur, permettant ainsi de préserver le matériel existant. Les centres de données et l'informatique expérimentale du CERN resteront, quant à eux, sous RHEL ou AlmaLinux pour l'instant.

