Pour Meta, 18 milliards de dollars pour s’éviter un procès
Aux États-Unis, le groupe de Mark Zuckerberg a choisi de payer une fortune et de modifier lui-même le fonctionnement de ses plateformes pour clore l’affaire sur l’addiction des mineurs aux réseaux sociaux, sans aveu de culpabilité. Mais d’autres pays pourraient bien s’engouffrer dans la brèche qu’il a lui-même ouverte, estime ce chroniqueur du “Guardian”..
Meta, la maison mère de Facebook et Instagram, a conclu un accord avec 52 procureurs généraux des États-Unis pour clore une affaire judiciaire. L’entreprise était accusée d’avoir conçu ses plateformes de manière à rendre les mineurs accros aux réseaux sociaux, tout en minimisant publiquement ces risques. Pour éviter un procès, Meta a accepté de verser une somme de 18 milliards de dollars (15,5 milliards d’euros) sur plus de dix ans, sans reconnaître sa culpabilité. Ce montant, bien que colossal, représente une somme modeste pour Meta, qui a enregistré 60 milliards de dollars de bénéfices en 2025. L’accord a été signé le 26 août 2026.
En plus du paiement, Meta s’engage à modifier le fonctionnement de ses plateformes pour limiter l’exposition des mineurs. Une limite quotidienne de deux heures sera imposée par défaut aux moins de 18 ans sur Facebook et Instagram. Les adolescents n’auront plus accès à ces réseaux la nuit, sauf si un parent modifie ce paramétrage. Les enseignants pourraient également bénéficier de réductions des notifications pour les comptes des mineurs. Ces mesures visent à réduire l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux, un problème de santé publique de plus en plus documenté.
Cet accord pourrait ouvrir la voie à d’autres actions judiciaires contre les géants de la tech aux États-Unis et ailleurs. Meta a accepté de modifier ses algorithmes et ses fonctionnalités, ce qui pourrait inspirer des régulateurs ou des législateurs dans d’autres pays. Par exemple, en France, des débats existent déjà sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Les modifications imposées à Meta pourraient servir de modèle pour d’autres entreprises comme TikTok, YouTube ou Snapchat, qui font face à des critiques similaires sur l’impact de leurs plateformes sur les jeunes.
Pour Meta, cet accord est une solution pragmatique : payer une somme importante mais gérable pour éviter un procès long et coûteux, tout en limitant les dommages à sa réputation. Cependant, les modifications imposées pourraient réduire l’engagement des utilisateurs et, à terme, affecter ses revenus publicitaires. Le groupe a toujours nié toute faute, mais cet accord montre que les pressions réglementaires et judiciaires peuvent forcer des changements structurels dans son modèle économique. D’autres entreprises du secteur pourraient être incitées à anticiper ces régulations pour éviter des sanctions similaires.
Cet accord s’inscrit dans un contexte de méfiance croissante envers les réseaux sociaux, notamment concernant leur impact sur la santé mentale des jeunes. Aux États-Unis, plusieurs États ont déjà adopté des lois pour protéger les mineurs en ligne, et d’autres pourraient suivre. En Europe, des discussions sont en cours pour renforcer le *Digital Services Act* (DSA), une réglementation visant à encadrer les plateformes numériques. Meta, en acceptant ces mesures, pourrait éviter des sanctions plus lourdes dans d’autres juridictions, tout en montrant une volonté de collaboration avec les régulateurs.

