Comment se ressaisir de l'idéal démocratique ?
Pourquoi la France est-elle désormais classée parmi les "démocraties imparfaites" ? Entre défiance citoyenne, mouvements sociaux et violences urbaines, certains y voient les signes d’un essoufflement démocratique. Pour la politiste Agathe Cagé, la démocratie aurait même été confisquée..
La France est désormais classée parmi les démocraties imparfaites selon l’indice de démocratie créé par The Economist Group, un classement annuel qui évalue le niveau de démocratie dans 167 pays. Dans l’édition 2026, la France occupe la 26ᵉ place, derrière des pays comme l’Allemagne (12ᵉ) ou les pays nordiques, mais devant des nations comme l’Italie ou la Pologne. Ce recul s’explique par une défiance citoyenne croissante, des mouvements sociaux fréquents et des violences urbaines récurrentes. La politiste Agathe Cagé, cofondatrice du cabinet Compass label, va plus loin en affirmant que la démocratie française a été confisquée, c’est-à-dire détournée de ses principes fondamentaux par des mécanismes de pouvoir ou des élites. Ce classement repose sur cinq critères : le processus électoral, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique, la culture politique démocratique et les libertés civiles.
Les récentes éruptions de violences dans les villes françaises et les mouvements lycéens et étudiants des dernières semaines illustrent une crise de confiance profonde envers les institutions démocratiques. Ces manifestations, souvent marquées par des affrontements avec les forces de l’ordre, révèlent un malaise générationnel. Les jeunes, en particulier, expriment un sentiment d’exclusion et d’invisibilisation face aux décisions politiques. Agathe Cagé souligne que ce rejet ne se limite pas à la France, mais s’observe aussi dans d’autres pays, comme en Indonésie, où les étudiants mobilisés contre le gouvernement ont subi une répression violente. En France, les lycéens ont manifesté massivement en octobre 2026, notamment à Paris, pour protester contre des réformes éducatives ou sociales, perçues comme injustes ou inefficaces.
Pour Agathe Cagé, la démocratie française souffre d’un dysfonctionnement structurel. Dans son dernier livre, coécrit avec la philosophe Fabienne Brugère, elle analyse comment les mécanismes de représentation politique ont été détournés au profit d’une minorité. Elle évoque notamment la professionnalisation de la politique, où les élus et les partis deviennent des castes éloignées des réalités sociales, ainsi que l’influence croissante des lobbies et des intérêts privés sur les décisions publiques. Ce phénomène, qualifié de démocratie oligarchique, réduit la participation citoyenne à une simple formalité électorale, sans véritable impact sur les politiques menées. La politiste propose de repenser les institutions pour les rendre plus transparentes et inclusives.
Face à ce constat, Agathe Cagé et d’autres experts appellent à des réformes concrètes pour ressaisir l’idéal démocratique. Parmi les pistes évoquées : le renforcement des mécanismes de démocratie participative, comme les conventions citoyennes ou les budgets participatifs, pour impliquer davantage les citoyens dans les décisions. Elle plaide aussi pour une réforme électorale visant à limiter l’influence de l’argent en politique et à favoriser une représentation plus diverse. Enfin, elle insiste sur la nécessité de réinventer le débat public, en encourageant des espaces de discussion neutres et accessibles, loin des logiques médiatiques polarisantes. Ces propositions visent à restaurer la confiance dans les institutions et à redonner un sens à la citoyenneté active.
La France n’est pas un cas isolé : plusieurs pays européens, comme la Hongrie ou la Slovaquie, sont également classés comme *démocraties imparfaites* par *The Economist Group*. Ce recul s’inscrit dans un contexte plus large de *montée des populismes* et de *polarisation politique* en Europe. Pourtant, des pays comme l’Allemagne ou les pays scandinaves maintiennent un niveau élevé de démocratie, grâce à des systèmes politiques plus stables et inclusifs. À l’échelle mondiale, des mouvements comme *Gen Z* en Indonésie montrent que la jeunesse reste un acteur clé des luttes pour la démocratie, même face à la répression. En France, le dialogue avec cette génération est aujourd’hui présenté comme un enjeu majeur pour éviter une rupture définitive avec les institutions.

