Le dilemme des pays africains face aux sanctions américaines contre la CPI
Les États-Unis ont accentué la pression sur la Cour pénale internationale (CPI) en sanctionnant notamment l’actuel substitut du procureur, le Sénégalais Abdoulaye Seye. Si Dakar s’est indigné, à l’échelle du continent, l’assaut américain rencontre aussi des critiques de certains pays africains contre l’institution de La Haye..
Le 20 août 2026, les États-Unis ont annoncé des sanctions contre deux membres de la Cour pénale internationale (CPI), une institution judiciaire internationale basée à La Haye, aux Pays-Bas. Ces sanctions concernent la juge japonaise Tomoko Akane, présidente de la CPI, et le Sénégalais Abdoulaye Seye, premier substitut du procureur. Les mesures prises par Washington consistent en une interdiction d’entrée sur le territoire américain et un gel des éventuelles transactions financières ou immobilières de ces deux personnes aux États-Unis. Ces sanctions s’inscrivent dans une volonté des États-Unis de faire pression sur la CPI, qu’ils accusent de cibler injustement leurs alliés ou leurs soldats dans des enquêtes sur des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.
Le gouvernement sénégalais a réagi vivement aux sanctions américaines, exprimant une profonde préoccupation et réaffirmant son soutien à Abdoulaye Seye, un haut magistrat sénégalais. Dans un communiqué officiel, Dakar a rappelé son attachement indéfectible au multilatéralisme, au respect du droit international et à la préservation de l’ordre juridique international. Le Sénégal, qui a été le premier pays africain à ratifier le Statut de Rome en 2002 (entré en vigueur en 2002), souligne ainsi son engagement en faveur de la justice internationale et de la Cour pénale internationale, créée en 1998 pour juger les crimes les plus graves comme le génocide, les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité.
La Cour pénale internationale (CPI) est une juridiction permanente indépendante, créée par le Statut de Rome en 1998 et entrée en vigueur en 2002. Son rôle est de juger les individus, et non les États, accusés de quatre types de crimes internationaux : le génocide, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le crime d’agression. Contrairement à d’autres tribunaux internationaux, la CPI peut intervenir même lorsque les crimes sont commis par des ressortissants d’un État non membre, à condition que ces crimes aient été commis sur le territoire d’un État partie ou que le Conseil de sécurité de l’ONU l’y autorise. La CPI ne remplace pas les systèmes judiciaires nationaux mais intervient en complément lorsque ces derniers ne peuvent ou ne veulent pas agir.
Les sanctions américaines contre la CPI placent les pays africains dans une situation complexe. D’un côté, certains États, comme le Sénégal, défendent fermement l’indépendance de la justice internationale et la CPI, qu’ils considèrent comme un outil essentiel pour lutter contre l’impunité des crimes les plus graves. De l’autre, d’autres pays africains critiquent la CPI, l’accusant de partialité ou de cibler disproportionnellement des dirigeants africains. Cette division reflète des tensions plus larges entre la volonté de défendre la souveraineté nationale et l’adhésion aux principes du droit international. Le continent africain, qui compte 34 États parties au Statut de Rome, est ainsi tiraillé entre ces deux positions.
Les tensions entre les États-Unis et la CPI ne sont pas nouvelles. Depuis sa création, la Cour a été critiquée par plusieurs grandes puissances, dont les États-Unis, la Chine, la Russie ou Israël, qui refusent de reconnaître sa juridiction. Les États-Unis, bien que n’étant pas membres de la CPI, ont souvent utilisé des moyens diplomatiques ou économiques pour faire pression sur l’institution. En 2020, l’administration Trump avait déjà imposé des sanctions contre des responsables de la CPI enquêtant sur d’éventuels crimes de guerre commis par des soldats américains en Afghanistan. Ces mesures avaient été critiquées par de nombreux pays, y compris en Afrique, qui y voyaient une atteinte à l’indépendance de la justice internationale.

