Lutter contre les discours de haine : « Nous avons tous un rôle à jouer »
Face à la propagation rapide des discours de haine, notamment sur les plateformes numériques, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé jeudi à renforcer le dialogue entre religions et cultures et à « rejeter la haine », en associant gouvernements, société civile et entreprises technologiques..
Les discours de haine, définis comme des propos ou messages incitant à la haine ou à la discrimination envers un groupe ou une personne en raison de son origine, religion, genre, orientation sexuelle ou autre caractéristique, prennent aujourd'hui de nouvelles formes. Selon António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, ces discours se propagent rapidement grâce aux plateformes numériques, aux algorithmes et à l'intelligence artificielle. Ils ne se limitent plus aux propos oraux ou écrits traditionnels, mais exploitent les outils technologiques pour amplifier leur portée et leur impact. Ces discours menacent les fondements des sociétés en érodant la confiance entre les individus, en divisant les communautés et en déshumanisant des groupes entiers. Ils peuvent aussi inciter à la violence et alimenter des conflits graves, voire des crimes contre l'humanité comme le génocide ou le nettoyage ethnique. Le phénomène touche particulièrement des groupes comme les minorités religieuses, ethniques ou les migrants, et se manifeste par des formes de racisme, misogynie, xénophobie ou antisémitisme.
Les discours de haine ont des conséquences profondes et multidimensionnelles. Ils banalisent des comportements discriminatoires et violent les droits humains, notamment la dignité et l'égalité. Dans les cas les plus extrêmes, ils peuvent déclencher des violences collectives ou des conflits armés, comme l'a souligné António Guterres. Les groupes les plus vulnérables, tels que les femmes, les migrants, les réfugiés, les personnes handicapées, les jeunes et les minorités, sont particulièrement ciblés. Ces discours sapent également la cohésion sociale en créant des divisions au sein des communautés et en sapant la confiance dans les institutions. Le phénomène est aggravé par l'utilisation de technologies numériques, qui permettent une diffusion massive et rapide des messages haineux, tout en favorisant la propagation de fausses informations et la manipulation de l'opinion publique.
Les technologies numériques, notamment l'intelligence artificielle et les algorithmes, jouent un double rôle dans la propagation des discours de haine. D'un côté, elles amplifient leur diffusion en permettant une viralité sans précédent sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne. De l'autre, elles offrent des outils pour les combattre, comme la détection automatique des contenus haineux ou l'analyse des tendances pour anticiper les risques. Khalilur Rahman, Président de l'Assemblée générale des Nations Unies, a souligné que ces technologies peuvent aussi servir à renforcer la résilience des communautés en identifiant les discours toxiques et en promouvant des récits alternatifs. Cependant, leur utilisation doit être encadrée pour éviter les dérives, comme la censure ou la manipulation des débats publics.
Face à cette menace, l'ONU a adopté une Stratégie et un Plan d'action sur les discours de haine, ainsi qu'un Plan d'action pour la sauvegarde des sites religieux. Ces cadres visent à promouvoir la tolérance et la coexistence pacifique en s'appuyant sur les droits humains. Ils encouragent une approche globale combinant éducation, soutien aux victimes, engagements gouvernementaux et responsabilité des entreprises technologiques. António Guterres a insisté sur la nécessité de protéger la liberté d'expression, tout en rappelant que celle-ci ne doit pas servir de prétexte pour diffuser des messages haineux. L'ONU appelle à une action coordonnée entre gouvernements, organisations régionales, secteur privé et société civile, incluant les communautés religieuses, les universités et les médias.
Pour lutter efficacement contre les discours de haine, le dialogue interreligieux et interculturel est présenté comme une solution centrale. António Guterres a souligné que les efforts doivent être véritablement inclusifs, associant femmes, hommes, jeunes, responsables religieux, peuples autochtones et groupes minoritaires. Ces acteurs, grâce à leur connaissance des réalités locales et à la confiance qu'ils inspirent, peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités et les récits au fil des générations. Miguel Ángel Moratinos, Haut-Représentant de l'ONU pour l'Alliance des civilisations, a ajouté que la réponse doit aussi s'attaquer aux racines de la polarisation, en créant des espaces de dialogue entre gouvernements, société civile et acteurs économiques. L'objectif est de réduire les tensions et de prévenir les conflits avant qu'ils ne dégénèrent.
António Guterres a rappelé que personne ne peut rester spectateur face à la montée des discours de haine. Tous les acteurs de la société ont un rôle à jouer : les gouvernements doivent adopter des lois et des politiques pour encadrer les discours toxiques, les entreprises technologiques doivent assumer leur responsabilité en modérant les contenus haineux sur leurs plateformes, et la société civile doit promouvoir des valeurs de tolérance et de respect. Les médias ont également un rôle clé à jouer en diffusant des récits constructifs et en évitant de relayer des messages discriminatoires. L'ONU insiste sur l'importance d'une action collective et coordonnée pour mettre fin aux cycles de peur, de haine et de violence, et construire des sociétés inclusives et pacifiques, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies.

