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Culture

L' entreprenariat par nécessité

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

Malgré une croissance atone et un chômage en hausse , les créations d'entreprises ont atteint en France leur plus haut niveau depuis 20 ans. Ce nouveau record serait surtout le signe d'une économie fragile et reflète une mutation du marché du travail en France, vers toujours plus de précarisation..

Record historique des créations

En France, le nombre de créations d'entreprises a atteint en 2026 son plus haut niveau depuis 20 ans, avec près de 972 000 nouvelles entreprises enregistrées depuis le début de l'année. Cela représente une hausse de 13 % par rapport à la même période en 2025. Ce phénomène s'inscrit dans un contexte de croissance économique atone et de chômage en augmentation. Les crises successives, notamment celle liée au Covid-19, ont accéléré cette tendance, confirmant une corrélation entre les périodes de crise et l'augmentation des créations d'entreprises. L'Insee, l'institut national de la statistique, souligne que cette dynamique reflète une mutation du marché du travail français, marqué par une précarisation croissante.

Trois causes principales

Trois facteurs expliquent cette vague de créations d'entreprises. Le premier est la nécessité : la hausse du chômage et les multiples plans sociaux poussent de nombreux actifs à se lancer comme entrepreneurs, faute de trouver un emploi salarié satisfaisant, en particulier pour les cols blancs (employés de bureau ou cadres). Le deuxième facteur est la recherche d'autonomie, notamment chez les seniors de plus de 45 ans, qui représentent 16 % des créateurs d'entreprise chaque année. Ces derniers cherchent soit à donner un nouveau sens à leur carrière, soit à contourner les difficultés à retrouver un emploi après 50 ans. Enfin, le troisième facteur est la simplicité administrative : créer une micro-entreprise est gratuit, rapide et sans risque financier, car il n'y a pas de capital à engager ni de cotisations sociales en l'absence de chiffre d'affaires. Selon l'Insee, 30 % de ces micro-entreprises resteront sans activité, et une sur deux correspond à une activité de complément.

Secteurs et précarité

Les secteurs porteurs de ces créations sont variés. L'Insee recense notamment les activités de soutien aux entreprises ou le commerce, souvent caractérisées par une faible valeur ajoutée. Dans l'informatique, les créations ont bondi de 55 % sur les trois derniers mois par rapport à 2025, avec une forte augmentation des programmeurs et éditeurs de logiciels en free-lance (travailleurs indépendants). Un autre exemple marquant est celui de la vente à domicile, qui a connu 3 500 créations supplémentaires, principalement liées à l'annonce des 20 000 nouveaux conseillers Thermomix du groupe allemand Vorwerk. Ces conseillers opèrent sous le statut de vendeur à domicile indépendant, et non comme salariés. Cependant, ce record de créations s'accompagne d'un revers : il révèle un recul du CDI (Contrat à Durée Indéterminée) au profit de statuts plus précaires et hybrides, sans garantie de couverture sociale.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ce record de créations, l'économie française reste fragile. Le nombre de faillites d'entreprises est historiquement élevé : à fin août 2026, la Banque de France recense 70 766 défaillances sur les douze derniers mois, soit près de 20 % de plus que la moyenne de la période 2010-2019, pourtant déjà marquée par la crise des *Subprimes* (crise financière mondiale de 2007-2008). Cette situation illustre un renouvellement douloureux du tissu économique, où de nombreuses entreprises naissent mais peinent à survivre ou à se développer. Les activités externalisées, comme le soutien aux entreprises ou le commerce, sont particulièrement vulnérables. Ainsi, ce record de créations reflète moins une vitalité économique qu'une adaptation forcée à un marché du travail en crise.

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