« Une cible mouvante » : deux navires canadiens impatients de quitter le golfe Persique
Les deux navires de Desgagnés sont bloqués depuis près de cinq mois en raison de la guerre au Moyen-Orient..
Fin février 2024, une guerre éclate au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenchant une série de frappes militaires et de tensions dans la région. Le golfe Persique, où transitent des navires commerciaux, devient une zone à haut risque. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport maritime, est particulièrement surveillé en raison de son importance économique : il permet l’acheminement d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. Dans ce contexte, deux cargos canadiens de l’entreprise québécoise Desgagnés, le Miena Desgagnés et le Rosaire A. Desgagnés, se retrouvent bloqués dans le golfe Persique après avoir traversé cette zone juste avant le début des hostilités. Leur départ dépend désormais des recommandations des autorités militaires américaines, qui supervisent la sécurité dans la région depuis leur base à Bahreïn.
Le blocage prolongé des deux cargos a engendré des coûts élevés pour Desgagnés. L’entreprise a dû affréter deux navires supplémentaires pour compenser l’absence de ses cargos bloqués, une opération coûteuse car la marge bénéficiaire sur ces affrètements est faible, voire négative. Les deux navires immobilisés transportaient des marchandises vers l’Irak, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Leur immobilisation a duré près de cinq mois, de mars à mai 2024, les forçant à rester à l’ancre au large de la ville saoudienne de Jubail. Cette situation a également obligé l’entreprise à organiser l’évacuation de trois stagiaires de l’Institut maritime du Québec en mars, tandis que les 34 membres d’équipage restants, majoritairement des marins philippins et ukrainiens, ont dû prolonger leur séjour à bord bien au-delà de la durée initialement prévue, jusqu’à mi-juin.
Les équipages des deux cargos ont dû s’adapter à une situation stressante et imprévue. Bien qu’aucune attaque directe n’ait été signalée contre les navires, les marins ont adopté des mesures strictes pour éviter les risques, comme le choix minutieux de leurs lieux de mouillage. En mai, une escale à Dubaï a permis de ravitailler les navires en nourriture, en eau et en carburant, assurant une autonomie de deux mois supplémentaires. Cependant, la fatigue et l’impatience se sont installées parmi les équipages, dont les membres d’origine ont été remplacés par de nouveaux marins, plus motivés à quitter la région. Les cargos ont finalement trouvé une mission de transport de poudre métallique utilisée dans la production d’acier, leur offrant une occupation temporaire jusqu’à leur départ.
Le départ des deux cargos dépend désormais des décisions des autorités militaires américaines, qui fixent les conditions de sécurité pour traverser le détroit d’Ormuz. Le vice-président de Desgagnés, Pascal Larose, a indiqué que les militaires américains promettent une protection pendant le transit, mais que le voyage, estimé à 12 heures, reste risqué en raison de la présence potentielle de mines ou d’autres menaces. Initialement, l’entreprise espérait un départ dans les sept jours suivant la semaine dernière, mais les affrontements répétés entre les États-Unis et l’Iran ont repoussé toute tentative. Larose a qualifié la situation de cible mouvante, soulignant que les plans changent quotidiennement en fonction de l’évolution du conflit.
Face à l’incertitude persistante, Desgagnés envisage de ne plus revenir dans le golfe Persique après le départ des cargos. Pascal Larose a déclaré que l’entreprise refuserait de nouvelles missions dans cette région, estimant que les préjudices subis, tant financiers que logistiques, sont trop importants. Les marins, impatients de quitter la zone, pourraient ainsi être les derniers à naviguer dans cette partie du monde pour le compte de Desgagnés. Parallèlement, le président américain Donald Trump a annoncé un blocus naval sur les ports iraniens, ainsi que des droits de douane de 20 % sur les marchandises transitant par le détroit d’Ormuz, une mesure qui contredit les principes du droit maritime international, selon lesquels aucun État ne peut percevoir de redevances pour le passage en haute mer.

