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Environnement

«L’exception est devenue la norme» : partout en France, des vendanges toujours plus précoces et beaucoup de questions

Vert.eco · mis à jour il y a 15 j

Champagne, Languedoc, Alsace… Dans la plupart des vignobles français, les récoltes ont commencé avec plusieurs semaines d’avance par rapport aux moyennes des dernières décennies. Le marqueur d’un climat toujours plus chaud, qui bouleverse la filière..

Vendanges précoces en France

En 2026, les vendanges en France ont commencé dès le mois d’août dans de nombreuses régions viticoles, comme le Languedoc, l’Alsace, Bordeaux ou la Champagne. Historiquement, ces récoltes débutaient plutôt en septembre. Cette précocité exceptionnelle est directement liée à un été 2026 marqué par quatre canicules et une sécheresse historique, avec des températures record. Par exemple, en Bourgogne, les vendanges les plus précoces ont commencé autour du 10 août, alors qu’elles commençaient traditionnellement fin septembre. Cette tendance s’observe dans toute la France, avec des records battus comme en Champagne, où le ban des vendanges (l’ouverture officielle de la récolte) a été publié le 12 août, soit huit jours plus tôt que le précédent record de 2025.

Données historiques sur 600 ans

Un chercheur associé à l’université Bourgogne-Europe, Thomas Labbé, a reconstitué une série de dates de vendanges remontant jusqu’au Moyen Âge, notamment grâce aux archives des hospices de Beaune en Côte-d’Or. Ces données, couvrant la période de 1354 à 2026, révèlent une accélération marquée de la précocité des vendanges. Avant 1987, la date moyenne des vendanges était le 28 septembre. Depuis 1987, cette moyenne est passée au 13 septembre, soit un décalage de quinze jours. Les dates records, autrefois exceptionnelles (comme en 1540, année de grande sécheresse), se multiplient désormais : ce qui arrivait tous les trente ans au XXe siècle revient maintenant tous les deux ans. La précocité des vendanges est ainsi devenue un marqueur visible du changement climatique.

Conséquences climatiques

Le changement climatique ne se contente pas d’avancer les dates de vendanges : il les décale aussi vers des périodes de l’année naturellement plus chaudes. Par rapport aux années 1980, les conditions de vendanges sont aujourd’hui de +3 à +4°C plus élevées, ce qui accélère de nombreux processus biologiques. Cette hausse des températures favorise la concentration de sucre dans les raisins, augmentant ainsi le degré d’alcool potentiel du vin après fermentation. Par exemple, en Alsace ou dans le Bordelais, la teneur en alcool potentiel a progressé de près d’un degré par décennie. Les vendanges précoces se déroulent donc dans des conditions encore plus extrêmes, ce qui complexifie le travail des viticulteurs.

Impact sur les rendements

Si les vendanges précoces ne signifient pas forcément de mauvaises récoltes, elles entraînent des rendements souvent plus faibles. Par exemple, en Alsace, une perte de 20 à 30 % est estimée pour 2026, tandis qu’autour de Bordeaux, certains secteurs ont subi des pertes allant jusqu’à 50 % par rapport à leur rendement moyen sur les cinq dernières années. La sécheresse, les canicules et les épisodes de grêle ont fortement impacté les vignes, notamment dans les zones où les sols sont peu profonds et moins capables de retenir l’eau. Cependant, la qualité des raisins reste souvent au rendez-vous, comme le souligne Marie-Catherine Dufour, directrice du service technique du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), qui évoque une « très grande année » pour les vins blancs.

Adaptation des viticulteurs

La précocité des vendanges impose aux viticulteurs de s’adapter rapidement pour préserver l’équilibre des vins, notamment en termes d’acidité, de sucre et d’arômes. Charlotte Huber, directrice technique de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), souligne que cette sensibilité est accrue en année chaude, où la vigne réagit de manière encore mal connue. Pour limiter les effets de la chaleur, certains viticulteurs optent pour des vendanges nocturnes ou au petit matin. Cependant, ces solutions restent temporaires. Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Inrae, insiste sur la nécessité de changements plus profonds, comme la diversification des variétés de vignes, la gestion raisonnée de l’eau ou l’amélioration des sols, pour faire face à long terme aux défis climatiques.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’accélération du changement climatique, des projets de recherche comme Laccave, mené par une centaine de scientifiques sur dix ans, ont identifié des pistes d’adaptation pour la viticulture. Les principales stratégies incluent la conservation et l’amélioration des sols (par exemple via l’enherbement ou la lutte contre l’érosion), le renouvellement des variétés de vignes, et une gestion plus durable de l’eau (irrigation raisonnée, pratiques agroécologiques). Ces solutions visent à rendre les vignobles plus résilients face aux aléas climatiques tout en maintenant la qualité des vins. Cependant, leur mise en œuvre nécessite des investissements et une réflexion collective parmi les acteurs du secteur.

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