Comment les baby-boomeurs ont carotté la jeunesse européenne
En Europe, la génération rock and roll née entre 1946 et 1964 a tout gagné et tout pris, alors que dans d’autres pays riches, elle finance sa propre retraite et transmet son patrimoine. Sur un Vieux Continent toujours plus vieux, les plus jeunes font face à une “arnaque intergénérationnelle”, affirme le très libéral “The Economist”..
Dans les années 1990, l’Europe présentait des inégalités dites horizontales : d’un côté, les pays occidentaux riches comme la France ou l’Allemagne, où une partie de la population bénéficiait d’un niveau de vie élevé (voitures haut de gamme comme les BMW, voyages à l’étranger), et de l’autre, les pays de l’Est, plus pauvres, où les habitants devaient souvent se contenter de bricolage pour leurs appareils électroménagers ou de files d’attente pour des produits de base comme le pain. Ces disparités reflétaient un clivage géographique et économique entre deux Europe. Cependant, depuis trois décennies, les anciens pays communistes d’Europe de l’Est ont connu une croissance économique significative, réduisant progressivement ces écarts. Aujourd’hui, les inégalités en Europe se sont verticalisées, c’est-à-dire qu’elles suivent désormais une logique générationnelle plutôt que géographique. Les jeunes générations, en particulier, se retrouvent dans une situation plus difficile que leurs aînés, non pas à cause de leur pays de résidence, mais en raison de leur âge.
Les jeunes Européens d’aujourd’hui font face à une crise majeure du logement, qui les empêche souvent de quitter le foyer parental. Les prix de l’immobilier ont atteint des niveaux exorbitants dans de nombreuses villes européennes, rendant l’accès à la propriété ou même la location d’un logement indépendant hors de portée pour une grande partie des jeunes actifs. Cette situation les oblige à rester dans la chambre d’amis de leurs parents, faute de alternatives abordables. Par exemple, dans des villes comme Paris, Berlin ou Barcelone, les loyers représentent une part croissante des revenus des jeunes, parfois plus de 50 %, ce qui limite leur capacité à épargner ou à investir dans leur avenir. Cette dépendance prolongée envers les parents retarde leur autonomie et leur insertion dans la vie adulte, un phénomène qui n’était pas aussi marqué pour les générations précédentes.
Les travailleurs trentenaires européens financent en grande partie les retraites des personnes âgées, souvent parties à la retraite bien avant l’âge légal traditionnel. Ce système repose sur le principe de la répartition : les cotisations des actifs (les jeunes et les moins âgés) servent directement à payer les pensions des retraités actuels, et non à constituer un capital pour leurs propres futures pensions. Avec le vieillissement de la population européenne, cette charge devient de plus en plus lourde. En effet, les coûts liés au vieillissement de la population absorbent aujourd’hui un quart du produit intérieur brut (PIB) de l’Union européenne, soit environ 25 % de la richesse produite chaque année par les 27 États membres. Ce chiffre illustre l’ampleur des dépenses consacrées aux retraites, à la santé et aux soins pour les seniors, qui pèsent sur les budgets publics et privés des générations plus jeunes.
L’Europe est confrontée à un vieillissement démographique sans précédent, ce qui aggrave les tensions entre générations. Le continent compte de plus en plus de seniors et de moins en moins de jeunes actifs pour les soutenir économiquement. Par exemple, en 2024, l’âge médian en Europe est d’environ 44 ans, contre 30 ans dans les années 1990, ce qui signifie que la moitié de la population a plus de 44 ans. Cette tendance s’explique par une baisse de la natalité et une espérance de vie accrue, liée aux progrès médicaux. Avec un Vieux Continent toujours plus vieux, le ratio entre actifs et retraités se dégrade, rendant le système de retraites encore plus fragile. Les jeunes Européens se retrouvent ainsi à financer un modèle social conçu pour une époque où la démographie était plus équilibrée, ce qui soulève des questions sur la pérennité de l’État-providence européen.
Les jeunes Européens ont le sentiment de participer involontairement à une *arnaque intergénérationnelle*, c’est-à-dire une situation où les bénéfices économiques et sociaux sont captés par les générations plus âgées au détriment des plus jeunes. Cette expression souligne l’injustice perçue par les jeunes, qui doivent assumer des coûts élevés (logement, retraites, santé) sans bénéficier des mêmes opportunités que leurs aînés. Par exemple, les baby-boomers (génération née entre 1946 et 1964) ont pu accéder à la propriété immobilière à des prix abordables et profiter de systèmes de retraite avantageux, tandis que les générations suivantes font face à des défis économiques sans précédent. Cette dynamique crée un sentiment d’injustice et de frustration, d’autant plus que les jeunes sont souvent mieux éduqués que les générations précédentes, mais peinent à trouver des emplois stables et bien rémunérés.

