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Perdre ses mots, mais non son intelligence : la souffrance des personnes aphasiques

The Conversation France · mis à jour il y a 17 j

L’ESSENTIEL En France, on estime que plus de 300 000 personnes sont atteintes d’aphasie, un trouble du langage qui se traduit par de graves difficultés de communication. Il s’agit d’un handicap qui a des répercussions majeures sur la vie quotidienne et la santé mentale des patients.

Qu'est-ce que l'aphasie ?

L’aphasie est un trouble du langage qui se manifeste par des difficultés importantes à parler, lire, écrire ou comprendre des phrases, souvent après un accident vasculaire cérébral (AVC) ou un traumatisme crânien. Contrairement à une idée reçue, elle n’affecte pas l’intelligence, les pensées, les émotions ou la capacité à prendre des décisions. En France, plus de 300 000 personnes en sont atteintes, avec environ 35 000 nouveaux cas chaque année. Ce handicap, encore méconnu, touche des personnes de tous âges et bouleverse profondément la vie quotidienne, notamment les échanges avec les proches et les démarches administratives. Une journée nationale, instaurée le 20 octobre 2026, vise à mieux faire connaître ce trouble et ses conséquences.

Impact sur la qualité de vie

L’aphasie est considérée comme le handicap de communication entraînant la plus forte baisse de la qualité de vie. Elle complique les conversations, le travail, les démarches courantes et les relations sociales, pouvant même empêcher une personne d’exprimer ses besoins les plus simples. Trois mois après un AVC, 93 % des personnes aphasiques présentent une détresse psychologique, contre 50 % pour celles ayant eu un AVC sans aphasie. La dépression est fréquente et peut persister plusieurs années après l’AVC. Cette souffrance psychologique, durable et souvent sous-estimée, est aggravée par le manque de reconnaissance de ce handicap invisible.

Préjugés et stigmatisation

L’aphasie reste très mal connue : seulement 5 % des personnes interrogées en ont déjà entendu parler. Cette méconnaissance alimente des préjugés, comme confondre des difficultés à parler avec une déficience intellectuelle. Les personnes aphasiques craignent d’être jugées, infantilisées ou prises pour des personnes « séniles ». Cette peur les pousse souvent à s’isoler, réduisant leurs interactions sociales et leur participation à la vie quotidienne. Pourtant, les recherches confirment que l’aphasie n’altère pas les capacités de raisonnement, de jugement ou d’émotion des personnes qui en souffrent.

Langage et pensée : une distinction clé

Longtemps, on a pensé que le langage était indispensable à la pensée. Les neurosciences modernes remettent cette idée en cause. Une étude récente publiée dans la revue Nature suggère que le langage sert surtout à communiquer nos pensées, plutôt qu’à les produire. Les régions du cerveau chargées du langage peuvent être endommagées sans affecter la capacité à raisonner, calculer ou comprendre les relations sociales. Par exemple, des personnes aphasiques peuvent résoudre des problèmes logiques complexes ou effectuer des calculs mathématiques, malgré leurs difficultés à s’exprimer verbalement.

Raisonnements complexes malgré l'aphasie

Plusieurs études montrent que les personnes aphasiques conservent des capacités de raisonnement complexe. Elles peuvent résoudre des problèmes logiques, comprendre les intentions et les émotions d’autrui, ou encore effectuer des calculs mathématiques élaborés. Par exemple, certaines personnes atteintes d’aphasie sévère comprennent les comportements des autres ou analysent des situations comme le feraient des scientifiques. Ces capacités reposent sur des réseaux cérébraux différents de ceux utilisés pour le langage, ce qui explique pourquoi elles restent préservées malgré les lésions cérébrales.

Difficultés de communication et malentendus

Les erreurs de langage des personnes aphasiques, comme chercher ses mots ou utiliser un mot à la place d’un autre, peuvent donner l’impression d’un raisonnement incohérent. Pourtant, ces personnes comprennent souvent parfaitement une situation et ont une intention claire. Elles utilisent parfois des gestes, des images ou des objets pour contourner leurs difficultés à parler. Leurs capacités de jugement et de décision peuvent ainsi rester intactes, même si leur expression verbale est altérée. Il est donc essentiel de ne pas sous-estimer leurs compétences intellectuelles.

Objectifs de la journée nationale

La première journée nationale de l’aphasie, le 20 octobre 2026, a pour but de sensibiliser le public à ce handicap invisible et de lutter contre les préjugés. Elle vise aussi à reconnaître la souffrance psychologique des personnes aphasiques et de leurs aidants. Parmi les actions proposées, on trouve l’adaptation des moyens de communication (parler directement, laisser du temps pour répondre, utiliser des images ou des gestes) et l’encouragement à maintenir les relations sociales pour éviter l’isolement. Cette journée encourage également la recherche et l’innovation pour des solutions plus inclusives.

Ce que ça pourrait changer

Les professionnels de santé et les agents des services publics manquent souvent de formation sur l’aphasie, ce qui peut retarder l’accès à des soins adaptés ou compliquer les démarches administratives. Une meilleure sensibilisation permettrait de repérer plus tôt les signes d’anxiété ou de dépression chez les personnes aphasiques et d’adapter les documents et les entretiens à leurs besoins. L’objectif est de faciliter leur autonomie, leur accès aux soins et leur participation à la vie sociale, tout en respectant leur dignité. Ces changements visent à reconnaître pleinement leurs droits et leur place dans la société.

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