L'IA et le plagiat : un palimpseste littéraire
L’affaire Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’IA et de plagiat, ravive une vieille question : qu’est-ce qu’un auteur ? De l’imprimerie à ChatGPT, l’histoire du plagiat éclaire les bouleversements actuels de la création littéraire et de la notion de paternité..
En octobre 2026, l’écrivain canadien Thélyson Orélien est accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour écrire son roman C’était ça ou mourir, ainsi que de plagiat. Cette affaire relance un débat ancien sur la paternité des œuvres littéraires et la place de l’humain dans la création. L’IA, en générant du texte à partir de données existantes, brouille les frontières entre inspiration, copie et création originale. La question se pose : un texte produit avec l’aide d’une machine peut-il être considéré comme une œuvre littéraire à part entière ?
Le plagiat, souvent perçu comme un crime littéraire absolu, a une histoire ancienne. À Rome, le terme plagios désignait un voleur d’esclaves ou d’enfants. La métaphore du plagiaire comme « voleur d’hommes » a été reprise par des poètes dont les vers étaient copiés, élargissant le sens du mot à celui de « voleur de mots ». Cette vision montre que le plagiat n’est pas seulement une question juridique ou morale, mais aussi une remise en cause de l’authenticité et de l’unicité de l’œuvre. L’arrivée de l’IA dans ce débat en complexifie encore les enjeux.
La notion d’authenticité d’une œuvre littéraire est remise en question par l’usage de l’IA et les débats sur le plagiat. L’écrivain belge Antoine Wauters rappelle qu’aucun texte n’est entièrement original : il se nourrit toujours d’autres œuvres, de lectures ou de corrections. Même Homère, auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, serait en réalité le nom de plusieurs poètes. Cette idée soulève une question fondamentale : une œuvre doit-elle être le fruit d’un seul auteur pour être considérée comme légitime ? L’IA, en s’appuyant sur des corpus de textes existants, pousse cette réflexion à son paroxysme.
L’IA génère du texte en s’appuyant sur des milliards de données textuelles, souvent issues d’œuvres protégées par des droits d’auteur. Cela pose un problème de paternité : qui est l’auteur d’un texte produit par une machine ? L’écrivain qui l’utilise, ou la machine elle-même ? De plus, l’IA ne cite pas ses sources, rendant impossible la traçabilité des emprunts. Cette situation crée un double problème : d’une part, l’impossibilité de vérifier l’originalité d’un texte, et d’autre part, l’absence de consentement des auteurs dont les œuvres ont servi à entraîner les modèles d’IA.
Malgré les accusations de plagiat et d’utilisation d’IA, le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien est devenu le plus grand succès littéraire de la rentrée 2026, avec une augmentation significative de ses ventes. Cet exemple illustre un paradoxe : une œuvre controversée peut connaître un succès commercial sans précédent. Cela soulève des questions sur la perception du public face à l’authenticité et à la qualité littéraire, ainsi que sur le rôle des polémiques dans la promotion des livres.
En 2024, l’écrivain algérien Kamel Daoud a été accusé d’avoir utilisé l’histoire personnelle d’une femme sans son consentement pour écrire son roman Houris, qui a remporté le prix Goncourt. Cette affaire a relancé le débat sur le plagiat et l’éthique littéraire. La justice a finalement débouté la plainte, mais l’incident a mis en lumière les tensions entre inspiration, appropriation et consentement dans la création littéraire. Ces questions résonnent particulièrement avec les enjeux posés par l’IA, qui s’appuie elle aussi sur des données existantes.
L’affaire Orélien et les questions soulevées par l’IA invitent à repenser la notion d’originalité en littérature. Si tout texte est influencé par d’autres œuvres, l’IA pousse cette logique à l’extrême en produisant des textes composites, assemblés à partir de fragments de textes existants. Cela soulève une question essentielle : une œuvre peut-elle être considérée comme originale si elle est générée à partir de données préexistantes ? Cette réflexion interroge non seulement la paternité des œuvres, mais aussi la valeur même de la création littéraire à l’ère du numérique.

